La pollution des sols en accusation

Ignorée jusque dans les années 1980, la pollution des sites laissés par l’activité industrielle fait l’objet d’une prise de conscience progressive, qui explose à la lumière de quelques scandales.

Ingrid Merckx  • 27 juin 2018 abonné·es
La pollution des sols en accusation
© photo : À Montreuil, où des cas suspects de leucémie se sont déclarés, les riverains de la Snem manifestent leur colère.Martin BUREAU/AFP

Devant l’usine verte à Montreuil, le 10 juin, les enfants affichaient des têtes de mort. À la « fête du trichlo » à Romainville, le 1er juin, ils faisaient la quête dans de petits cercueils : « Un don pour le cancer ? » Plusieurs cas de leucémies rares à Montreuil, dans le quartier de la Snem, entreprise spécialisée dans le traitement de pièces métalliques destinées à l’aéronautique (1). Plus de vingt cancers à Romainville dans le périmètre de l’ancien site de l’usine Wipelec. Chrome VI à Montreuil. Trichloréthylène (TCE) à Romainville. Sur quelle surface et jusqu’à quelle profondeur la pollution s’étend-elle sous ces deux villes de Seine-Saint-Denis fortement marquées par leur passé industriel ?

Une étude épidémiologique est menée depuis 2016 par l’agence régionale de santé (ARS) à Romainville. Une « opération sentinelle » a été lancée à Montreuil, où les riverains enquêtent sur l’état de santé des voisins immédiats de l’usine, les salariés étant théoriquement dépistés par la médecine du travail. Sauf que la Snem est au bord de la liquidation judiciaire. Qui va assumer la sécurisation du site et la dépollution ? À Romainville, les travaux sont presque achevés. Mais la pollution a grimpé dans les maisons avoisinantes : apparemment, remuer la terre a favorisé le dégazage des polluants présents dans les sols.

Héritage industriel

Sur plusieurs sites, des chantiers et des opérations d’aménagement révèlent des pollutions contenues dans le milieu souterrain et qui se répandent dans l’air et l’eau. Ignorées, méconnues, elles font cruellement remonter à la surface le passé industriel de la France, qui voit aujourd’hui disparaître ses usines. En zones urbaines, la pression est énorme pour convertir des friches à l’abandon et construire des logements, des écoles ou des hôpitaux sans favoriser l’étalement urbain. Aussi, les villes confient à des promoteurs des travaux soumis aux nouvelles normes environnementales. La loi Alur (2014) leur impose des diagnostics sur l’état des sols et les risques naturels et miniers,

Envie de terminer cet article ? Nous vous l’offrons !

Il vous suffit de vous inscrire à notre newsletter quotidienne :

Vous préférez nous soutenir directement ?
Déjà abonné ?
(mot de passe oublié ?)

Pour aller plus loin…

LGV Bordeaux-Toulouse : main basse sur les terres agricoles
Reportage 30 avril 2026 libéré

LGV Bordeaux-Toulouse : main basse sur les terres agricoles

Pour déployer sa nouvelle ligne, SNCF Réseau doit acquérir du terrain au titre de la compensation écologique. En pleine crise du secteur, de nombreux viticulteurs sont tentés de vendre, car les prix proposés sont élevés. Au point d’écarter certains agriculteurs désireux de créer une activité.
Par Romane Gentil
La paysannerie mondiale résiste encore
Reportage 20 avril 2026 abonné·es

La paysannerie mondiale résiste encore

Depuis 1996, le 17 avril marque la journée internationale des luttes paysannes. Face à la libéralisation des échanges et à l’accaparement des terres, le mouvement altermondialiste La Via Campesina coordonne la résistance de 200 millions de paysans à travers le monde.
Par Alix Garcia et Louis Meurice
En Suisse, avec le berger qui défend les loups
Portrait 17 avril 2026 abonné·es

En Suisse, avec le berger qui défend les loups

Dans le Jura vaudois, Fabrice Monnet a passé une grande partie de l’hiver à patrouiller dans les montagnes avec son association pour empêcher l’abattage du grand prédateur. L’homme est devenu une figure militante, non sans agacer éleveurs et pouvoirs publics.
Par Louis Bolla
Marc-André Selosse : « S’occuper de la biodiversité est une preuve d’humanisme »
Entretien 15 avril 2026 abonné·es

Marc-André Selosse : « S’occuper de la biodiversité est une preuve d’humanisme »

Le professeur de microbiologie au Muséum national d’histoire naturelle plaide pour la reconnexion de notre société au vivant, et l’émergence d’alternatives agroécologiques pour protéger le monde agricole et les citoyens des ravages des pesticides. Dans De la biodiversité comme un humanisme, petit livre très accessible, il allie vulgarisation et la défense de la biodiversité.
Par Vanina Delmas