Adrien Quatennens : « Nous voulons être traités comme tout justiciable devrait l’être »

Comme Jean-Luc Mélenchon, le député FI du Nord dénonce l'ampleur des perquisitions du 16 octobre, tout en assurant que le mouvement coopérera avec la justice.

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Deux affaires, une quinzaine de perquisitions. Mardi, à la demande du parquet de Paris, les policiers de l’Office central de lutte anti-corruption ont perquisitionné les domiciles de Jean-Luc Mélenchon, de plusieurs de ses proches et anciens collaborateurs et les sièges de la France insoumise et du Parti de gauche, comme ils en avaient le droit. Des scènes de violence, filmées, ont émaillé ces opérations de police. Les dirigeants du mouvement mettent en cause l'indépendance des procédures et y voient un « acte politique ». Adrien Quatennens, député insoumis du Nord, assure néanmoins qu'ils répondront aux questions de la justice.

Quelles sont les « affaires » qui expliquent la vague de perquisitions dont la France insoumise a fait l’objet mardi ?

Adrien Quatennens : De notre point de vue et de celui de nos avocats, le dispositif mis en place était disproportionné. Partout en France, une quinzaine de lieux on été perquisitionnés dont une petite dizaine de domiciles privés. C’est plus du ressort d’une opération anti-terroriste ou de la brigade anti-gang que d’une affaire politique. D’autant que les deux affaires qui ont justifié ces perquisitions ne tiennent pas debout. La première est une dénonciation d’une eurodéputée du Front national, Sophie Montel, qui avait d’ailleurs elle-même explicité le caractère bidon de sa dénonciation. Néanmoins, ce fait permet que, légalement, il puisse y avoir des perquisitions. La deuxième affaire c’est celle des comptes de campagne, dont on s’évertue à rappeler qu’ils ont été validés par la commission des comptes de campagne sans irrégularités !

La polémique est arrivée après. Lorsque la personne qui était en charge du contrôle (François Logerot, le président de l'institution, NDLR) a signifié son désaccord avec les membres de la commission. Cette personne, qui a par ailleurs quand même assez fortement protégé les comptes d’Emmanuel Macron, a été augmentée de 57 % de sa rémunération. Les comptes de campagne d’Emmanuel Macron, eux, ont été signifiés comme comportant des irrégularités, à la fois sur les dons et les ristournes qui ont été faites au candidat. Ces deux affaires – qui n’en sont d’ailleurs pas – ont servi de leviers pour mener des perquisitions d’une ampleur considérable.

Ces perquisitions ont été marquées par des violences, quel enseignement en tirez-vous ?

La pression et la tension sont depuis retombées, ce qui s’est passé mardi – y compris au siège – est derrière nous et Jean-Luc Mélenchon, en se rendant au parquet de Nanterre pour y être entendu, l’a rappelé. Nous étions piqués au vif par la colère. Colère qui tient à la disproportion du dispositif. La colère de Jean-Luc Mélenchon s’explique parce qu’il est le garant des émotions d’une quinzaine d’autres personnes dont il sait qu’ils sont valeureux et irréprochables et que ce qu’ils ont eu à subir est extrêmement violent. Nous n’avons jamais voulu faire entrave à quelque perquisition que ce soit.

Les images qu’on a vues circuler ont été prises juste après la perquisition au domicile de Jean-Luc Mélenchon, qui décide de se rendre au local de la France insoumise. Il me semble que légalement, rien ne nous empêchait d’accéder aux lieux. Ce sont des locaux dans lesquels nous exerçons en tant que parlementaires. Au siège de la France insoumise il y a beaucoup de documentation politique mais absolument pas de coffre-fort avec des armes, contrairement au siège de la République en marche qui, lui, n’a pas fait l’objet de perquisitions. On est pas du tout au dessus de la justice, on veut juste être traités comme tout justiciable devrait l’être ! Force est de constater que comparativement à ce qui a pu se faire dans d’autres formations politiques, on est traités différemment. Il y a je crois une quinzaine de parlementaires européens avec des étiquettes diverses qui sont mis en cause sur cette affaire de prétendus emplois fictifs et qui, pour autant, ne font pas l’objet de ces perquisitions disproportionnées.

Cette « inégalité de traitement » que vous dénoncez est-elle due à la juridiction en charge de l’enquête ?

C’est tout le nœud de l’affaire. Il y a deux poids deux mesures. Que l’on soit un ami de Macron ou un ami de Mélenchon, on n’est pas traité de la même manière. Les perquisitions au Modem, qui sont prises en exemple, ont fait l’objet d’une demande faite par un juge d’instruction et la défense a eu accès au dossier. Dans notre cas, l’enquête est faite par le parquet et le procureur, qui n’est pas indépendant, il faut le dire. On peut le dire avec d’autant plus de force qu’il y a une semaine à peine, Édouard Philippe voulait avoir un droit de regard sur la désignation des procureurs. La France insoumise n’a désormais plus aucun secret pour les instances qui ont récupéré nos données. Ils ont à la fois pris nos fichiers internes, nos donateurs et 26 000 photos de vacances qui étaient stockées sur l’ordinateur de Jean-Luc Mélenchon. Je me demande bien à quoi ça va servir pour l’enquête… Toutes ces données sont entre les mains d’instances qui dépendent directement du ministère de l’Intérieur et de celui de la Justice. On a l’impression d’être dans un scan généralisé.

Quelles sont vos perspectives judiciaires et politiques pour vous défendre ?

Les perspectives juridiques, je n’en ai pas tous les tenants et aboutissants. Mais nous sommes bien accompagnés. Nous avons la volonté de faire toute la lumière sur ces affaires car nous n’avons rien à nous reprocher. Politiquement, ce sera une épreuve de patience, de sang-froid. Je ne demande pas qu’on excuse cette colère, mais qu’on la comprenne. La vapeur s’inversera, les responsables de cette tentative d’intimidation vont voir les choses se retourner contre eux.


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