Affaire Khashoggi : Boucherie et diplomatie

L’affaire illustre à quel point le fric et la proximité du pouvoir corrompent la diplomatie.

Politis  • 24 octobre 2018
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Affaire Khashoggi : Boucherie et diplomatie
© Fayez Nureldine / AFP

L’affaire Khashoggi sera-t-elle l’éclatante démonstration d’un nouveau théorème diplomatique : plus les contrats d’armement d’un État sont élevés, moins les bobards qu’il invente ont besoin d’être crédibles ? Aujourd’hui, plus personne ne doute que Mohammed Ben Salman (MBS), le tyran de Riyad, a envoyé un escadron à Istanbul pour assassiner le journaliste Jamal Khashoggi dans le consulat saoudien, le 2 octobre. Le premier bobard – Khashoggi est ressorti vivant du consulat – était si intenable que Riyad en a inventé un autre une semaine plus tard : une rixe qui a mal tourné. Version qui n’a pas suffi à Angela Merkel, qui a suspendu les ventes d’armes aux Saoudiens jusqu’à nouvel ordre.

L’Allemagne a vendu cette année pour 400 millions d’euros d’armement à ce royaume qui ignore les droits humains et la démocratie, et mène une guerre aveugle et sans issue chez son voisin yéménite. Soit bien moins que les mirifiques contrats des marchands de mort de France, du Royaume-Uni et des États-Unis, qui attendent fébrilement que MBS consolide son bobard avant de se prononcer franchement sur l’affaire. Car le mensonge saoudien n’est peut-être pas définitif : le président turc Erdogan garde sans doute quelques billes sur les faits entourant l’assassinat et continuera à distiller les informations à sa presse aux ordres. Dans son jeu du chat et de la souris avec Trump, il pourra avec joie jeter de nouveaux cailloux dans la belle mécanique de l’entente américano-saoudienne, huilée par la perspective de 110 milliards de dollars de contrats d’armements que les Saoudiens agitent sous le nez des Américains.

L’affaire illustre à quel point le fric et la proximité du pouvoir corrompent la diplomatie : l’assassinat de Khashoggi, journaliste qui jusqu’à récemment était proche du sérail saoudien, aura sans doute plus d’impact que les massacres aveugles de milliers de civils yéménites par les bombes saoudiennes, fabriquées en Occident…

Monde
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