À Bure, la justice au bulldozer

Depuis deux ans, l’État multiplie les procédures pour éteindre la lutte contre le centre de stockage de déchets radioactifs. Le 13 novembre, le tribunal rendra sa décision contre Gaspard d’Allens.

Vanina Delmas  • 7 novembre 2018 abonné·es
À Bure, la justice au bulldozer
© photo : Des opposants marchent le long du mur installé par l’Andra pour protéger le site, et détruit en août 2016.crédit : Jean Christophe VERHAEGEN/AFP

Une cinquantaine de procès, une vingtaine de perquisitions, autant d’interdictions de territoire, près de deux ans de prison ferme accumulés, des centaines de mois de prison avec sursis, une trentaine de gardes à vue, sept personnes sous contrôle judiciaire, des milliers d’euros d’amende… Un bilan impressionnant pour les opposants au projet d’enfouissement des déchets nucléaires Cigéo (1), devant s’implanter à Bure dans la Meuse, à la lisière de la Haute-Marne. Encore plus saisissant quand on sait que presque tout a eu lieu en un an et demi. « Nous avons l’impression que l’État veut toujours franchir un nouveau cap dans la répression. Un peu comme les nucléocrates qui augmentent le seuil de radioactivité acceptable lors d’une catastrophe nucléaire », résume Gaspard d’Allens, journaliste et opposant au projet Cigéo. Le 16 octobre, son nom est prononcé au tribunal correctionnel de Bar-le-Duc. Mais Gaspard d’Allens n’est pas là. Son avocat non plus. 

À lire aussi >> Cigéo : les déchets nucléaires « sous le tapis »

La convocation n’a pas été envoyée à la bonne adresse, parce qu’il serait « radicalement introuvable », prétexte le procureur. Or, le jeune journaliste vit depuis deux ans à Mandres-en-Barrois, à quelques kilomètres de Bure, où se situe le laboratoire de l’Agence nationale pour la gestion des déchets radioactifs (Andra). Sur les treize dossiers prévus à l’audience, six seront jugés ce jour-là, dont celui de Gaspard, poursuivi pour entrave aux travaux que voulaient mener l’Andra dans le bois Lejuc en janvier 2017. « Son statut de journaliste le rend difficilement attaquable, mais ils ont trouvé une faille leur permettant de dégrader son image en le présentant comme un militant qui aurait commis un acte violent alors qu’il se tenait près d’une machine qui voulait détruire le bois sans autorisation », analyse Angèle, une militante antinucléaire. Le jugement sera rendu le 13 novembre.

À lire aussi >> Portraits de « malfaiteurs » : ces militants antinucléaires qu'on criminalise

Présent pour plaider un autre dossier le même jour, Me Étienne Ambroselli est stupéfait. Selon lui, le procureur Olivier Glady considère que tous les avocats des militants anti-Cigéo sont liés au sein de la _legal team, et peuvent donc s’occuper de n’importe quel dossier. Et que tous les opposants doivent être condamnés. Des symptômes de la justice expéditive qui s’exerce continuellement à Bar-le-Duc. « Le procureur, l’Andra et l’État souhaitent réduire la résistance au lobby nucléaire à des invectives sans intérêt, de la délinquance de droit commun, en passant sous silence le fond de l’affaire et ce que s’acharnent à dire depuis vingt-cinq ans les militants et associations, analyse Me Ambroselli. La justice est tellement mise sous pression qu’elle finit par statuer dans un état d’hystérie. » Ce jour-là, en plus du prévenu fantôme, ce procès ubuesque s’est tenu dans un tribunal quasi vide : la présidente a fait

Envie de terminer cet article ? Nous vous l’offrons !

Il vous suffit de vous inscrire à notre newsletter quotidienne :

Vous préférez nous soutenir directement ?
Déjà abonné ?
(mot de passe oublié ?)
Écologie
Temps de lecture : 12 minutes

Pour aller plus loin…

LGV Bordeaux-Toulouse : main basse sur les terres agricoles
Reportage 30 avril 2026 libéré

LGV Bordeaux-Toulouse : main basse sur les terres agricoles

Pour déployer sa nouvelle ligne, SNCF Réseau doit acquérir du terrain au titre de la compensation écologique. En pleine crise du secteur, de nombreux viticulteurs sont tentés de vendre, car les prix proposés sont élevés. Au point d’écarter certains agriculteurs désireux de créer une activité.
Par Romane Gentil
La paysannerie mondiale résiste encore
Reportage 20 avril 2026 abonné·es

La paysannerie mondiale résiste encore

Depuis 1996, le 17 avril marque la journée internationale des luttes paysannes. Face à la libéralisation des échanges et à l’accaparement des terres, le mouvement altermondialiste La Via Campesina coordonne la résistance de 200 millions de paysans à travers le monde.
Par Alix Garcia et Louis Meurice
En Suisse, avec le berger qui défend les loups
Portrait 17 avril 2026 abonné·es

En Suisse, avec le berger qui défend les loups

Dans le Jura vaudois, Fabrice Monnet a passé une grande partie de l’hiver à patrouiller dans les montagnes avec son association pour empêcher l’abattage du grand prédateur. L’homme est devenu une figure militante, non sans agacer éleveurs et pouvoirs publics.
Par Louis Bolla
Marc-André Selosse : « S’occuper de la biodiversité est une preuve d’humanisme »
Entretien 15 avril 2026 abonné·es

Marc-André Selosse : « S’occuper de la biodiversité est une preuve d’humanisme »

Le professeur de microbiologie au Muséum national d’histoire naturelle plaide pour la reconnexion de notre société au vivant, et l’émergence d’alternatives agroécologiques pour protéger le monde agricole et les citoyens des ravages des pesticides. Dans De la biodiversité comme un humanisme, petit livre très accessible, il allie vulgarisation et la défense de la biodiversité.
Par Vanina Delmas