Les quatre enjeux de la réforme des retraites

Que nous réserve la réforme des retraites préparée par le gouvernement ? Décryptage en quatre questions.

Erwan Manac'h  • 16 juillet 2019 abonné·es
Les quatre enjeux de la réforme des retraites
© photo : Dans le futur régime, le système des pensions de réversion risque d’être défavorable aux femmes. crédit : PATRICK HERTZOG/AFP
1/ La réforme vise-t-elle des économies ?

En théorie, le futur régime par points n’est pas synonyme de coups de rabot systématiques dans le joli pot commun que constituent les retraites (300 milliards d’euros par an). Matignon et l’aile la plus austère de la Macronie auraient d’ailleurs préféré solder l’affaire par une réforme plus directement comptable – comme un recul de l’âge légal –, ainsi que le veut la tradition installée par les gouvernements successifs depuis 1993. Rien n’interdirait non plus au futur système de rester généreux avec les retraités, en faisant contribuer davantage les actifs pour maintenir le niveau de vie des pensionnés.

À lire aussi >> Retraites : une réforme sous le sceau du soupçon

En revanche, il est évident que le futur système facilitera considérablement les mesures d’économie et qu’elles seront d’autant plus efficaces que tout le monde – particulièrement les fonctionnaires – sera logé à la même enseigne. Elles seront même automatiques (ou « semi-automatiques ») grâce à la variation de la valeur du point de retraite, en fonction d’arbitrages techniques – fondus dans les lois de programmation budgétaire – caractérisés par un haut niveau d’incertitude sur le montant des retraites. Un point cotisé n’aura en effet pas la même valeur pour deux retraités, selon la date à laquelle chacun aura liquidé sa retraite.

Syndicats et économistes hétérodoxes défendent donc une amélioration du système actuel, rappelant que sa situation financière n’est pas si alarmante. Le régime devrait même repasser dans le vert (1), en dépit du fait que son niveau de protection est le plus élevé d’Europe. Il suffirait d’un point de hausse de cotisation tous les cinq ans pour que les recettes du régime permettent le maintien du niveau de vie des retraités ; sur une durée de trente ans, cet effort représenterait l’équivalent du cadeau fait aux entreprises en 2013 par l’entremise du CICE, estime un groupe d’économistes opposé à la réforme.

Pourtant, toutes les discussions ont eu comme prérequis un impératif désormais gravé dans le marbre : les cotisations ne doivent pas monter au-dessus d’un « plafond » de 14 % du PIB. Il faudra donc nécessairement économiser sur les pensions, car le nombre de retraités à indemniser, lui, doit doubler d’ici à 2050 (2).

Avec ou sans la réforme « systémique », ce postulat oblige à continuer à actionner les deux leviers préférés du législateur depuis 1993 : faire travailler les gens plus longtemps ou diminuer leur pension. Selon l’Insee, le niveau de vie des retraités a déjà commencé à décrocher. Il était équivalent à celui des actifs en 2010, mais devrait baisser à 85 %, voire à 70 % selon les scénarios choisis, en 2060 (3). Emmanuel Macron a accéléré ce processus avec une hausse de la CSG (4) qui pèse sur une partie des retraités et la désindexation des pensions par rapport à l’inflation.

Sans remise en cause de ces grands principes, le basculement vers un système par points devrait accélérer

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Économie Travail
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