Escroquerie nationale

Le discours de Marine Le Pen réclamant la suppression du projet de réforme des retraites contraste avec l’inaction du Rassemblement national lors des débats.

Michel Soudais  • 12 février 2020
Partager :
Escroquerie nationale
© Philippe LOPEZ / AFP

Le lièvre a été soulevé le 8 février par la députée Clémentine Autain (LFI), lors d’une séance de la commission spéciale sur la réforme des retraites. « Nous n’avons pas vu Marine Le Pen et l’extrême droite venir dans notre commission défendre leur position », a pointé la députée de Seine-Saint-Denis. « Pour s’opposer, pas de souci mais pour venir pied à pied discuter du contenu […]_, je constate qu’il n’y a strictement personne sur les bancs de notre commission et sans doute la semaine prochaine. »_ En 19 séances de débats, le représentant de ce parti, Sébastien Chenu, avait bien montré le bout de son nez à deux reprises mais pas le son de sa voix.

Cette inaction contraste avec le discours de Marine Le Pen réclamant régulièrement sur les plateaux la suppression du projet du gouvernement. L’héritière du FN estime sans doute avoir d’autres chats à fouetter, occupée qu’elle est à soutenir ses candidats aux municipales et, surtout, tendre la sébile à ses supporters pour rembourser un prêt de 9,14 millions d’euros qu’une firme russe réclame en justice à son parti.

Les amendements qu’elle a déposés, avec les quatre autres députés de sa formation (Sébastien Chenu, Louis Aliot, Bruno Bilde et Ludovic Pajot), se contentent de demander la suppression de chacun des 65 articles du projet de loi. Avec un unique exposé des motifs répété 65 fois, à la virgule près : « Cette réforme de retraite remet en cause le modèle social français hérité du Conseil national de la Résistance. Sa principale ambition étant de faire baisser la part des dépenses de retraites dans le PIB (de 13,8 % actuellement à 12,9 % en 2050, p 176 de l’étude d’impact) alors que le nombre de retraités ne va pas baisser, ce qui impliquera mécaniquement une baisse importante des pensions et donc une paupérisation des retraités. Ce modèle de société n’étant pas celui souhaité par la majorité des Français, il convient de supprimer cet article. »

L’argument n’est pas faux, mais aussi court que pauvre. Et l’absence des députés RN, comme l’a bien noté Clémentine Autain, « n’est pas totalement anodine ». Car ce mutisme leur évite d’expliquer sur quelles bases et en fonction de quel projet de société ils rejettent le projet du gouvernement. Le RN n’a en effet, à ce jour, présenté aucun contre-projet, contrairement à ce que les formations de gauche ont fait ensemble ou concurremment. En sorte que son opposition ne dit rien de ce qu’il mettrait en œuvre pour autoriser, comme il le promet, un départ en retraite à 60 ans après 40 annuités de cotisation. La soi-disant « première opposante » est la dernière proposante. En démocratie, cela tient de l’escroquerie. Il était utile de le rappeler.

Publié dans
Parti pris

L’actualité vous fait parfois enrager ? Nous aussi. Ce parti pris de la rédaction délaisse la neutralité journalistique pour le vitriol. Et parfois pour l’éloge et l’espoir. C’est juste plus rare.

Temps de lecture : 3 minutes
Soutenez Politis, faites un don.

Chaque jour, Politis donne une voix à celles et ceux qui ne l’ont pas, pour favoriser des prises de conscience politiques et le débat d’idées, par ses enquêtes, reportages et analyses. Parce que chez Politis, on pense que l’émancipation de chacun·e et la vitalité de notre démocratie dépendent (aussi) d’une information libre et indépendante.

Faire Un Don

Pour aller plus loin…

Présidentielle 2027 : le défi Mélenchon
Présidentielle 2027 8 juin 2026

Présidentielle 2027 : le défi Mélenchon

À Saint-Denis, Jean-Luc Mélenchon a démontré que la bataille des idées reste son terrain de prédilection. Reste à savoir si le chef insoumis saura prolonger cette séquence de hauteur politique sans retomber dans les travers qui limitent depuis longtemps sa capacité de rassemblement.
Par Pierre Jacquemain
Gauche et mouvement social : converger ou disparaître
Parti pris 5 juin 2026

Gauche et mouvement social : converger ou disparaître

Face à la montée de l’extrême droite et à l’épuisement démocratique, le hors-série de Politis « Gauche, où vas-tu  ? » appelle à reconstruire des convergences entre forces politiques, sociales, écologistes, féministes et citoyennes.
Par Pierre Jacquemain
Lafarge : patrons libérés, militants écologistes réprimés
Terrorisme 2 juin 2026

Lafarge : patrons libérés, militants écologistes réprimés

Les premiers ont signé des chèques à hauteur de 5,6 millions d’euros à l’État islamique, contribuant à financer des attentats en Europe. Les seconds, interpellés par une brigade antiterroriste, avaient causé des dégradations dans un site du cimentier.
Par Hugo Boursier
Jeunesse populaire et racisée : le procès permanent
Parti pris 1 juin 2026

Jeunesse populaire et racisée : le procès permanent

À chaque épisode de violences urbaines, le même réflexe : transformer une partie de la jeunesse française en problème collectif. Les commentaires indignés sur les célébrations du PSG dessinent une stigmatisation récurrente des jeunes des quartiers populaires : un racisme qui ne dit pas son nom.
Par Pierre Jacquemain