Violences policières : Assa Traoré veut donner le la

Le comité la Vérité pour Adama a donné une conférence de presse à Paris aujourd’hui à midi pour réagir aux derniers rebondissements de l’affaire Adama Traoré.

Romain Haillard  • 9 juin 2020
Partager :
Violences policières : Assa Traoré veut donner le la
© Crédit photo : Bertrand Guay @AFP

Avec fermeté, le comité La Vérité pour Adama a réaffirmé sa position centrale dans le mouvement actuel contre les violences policières et le racisme systémique. Figure charismatique du collectif, Assa Traoré a donné une conférence de presse devant une quarantaine de journalistes, rue Louis Blanc, dans l’est de Paris. La veille, l’artiste JR, l’acteur et graffeur Matthias Schoenaerts et des élèves de l’école Kourtrajmé avaient enlacé la façade d’un bâtiment de cette rue sous une gigantesque fresque. Deux grands yeux, ceux d’Adama Traoré et de George Floyd, scrutent désormais cette rue du 10e arrondissement. Devant l’œuvre d’art, elle a réagi aux derniers rebondissements dans l’affaire de la mort son petit frère, décédé à la caserne de gendarmerie de Persan en 2016.

Trois jours après le rassemblement historique organisé le 2 juin sur le parvis du tribunal de Paris, coup de tonnerre dans l’affaire Adama Traoré. Le Parisien révèle le changement de cap des juges en charge de dossier. Deux témoins – dont l’audition est réclamée depuis trois ans par la famille de la victime – vont être entendus. « Ces deux témoignages vont changer beaucoup de choses », a affirmé Youcef Brakni, membre du comité, sans donner davantage de détails. Mais la grande sœur de la victime n’estime pas cette avancée suffisante : elle réclame l’audition des gendarmes qui ont plaqué au sol son frère.

Assa Traoré a également confirmé avoir refusé ce lundi la proposition de rencontrer Nicole Belloubet, ministre de la Justice. « Mon frère est mort par des actes, pas par des mots », a-t-elle taclée. S’il n’y a pas d’avancées sur le dossier judiciaire, hors de question de se faire récupérer par l’Élysée, avertit-elle. Emmanuel Macron avait demandé à Nicole Belloubet de « se pencher » sur l’affaire Adama Traoré et sur « le fonctionnement de la justice », informait une dépêche de l’AFP lundi dernier. Information ensuite démentie par le Ministère de la Justice. L’affaire Adama Traoré n’aurait pas été évoquée nommément assure la Chancellerie aux journalistes de BFMTV. La porte-parole du comité la Vérité pour Adama a également enfoncé le discours prononcé hier par le Ministre de l’Intérieur, Christophe Castaner. « Il n’a pas reconnu le terme de violences policières », fustige la militante des quartiers populaires.

Assa Traoré a déclaré ne pas se rendre ce soir à l’hommage parisien pour George Floyd. Le rassemblement organisé par SOS Racisme – soutenu par plusieurs syndicats et partis politiques de gauche – se tiendra à 18 heures sur la Place de la République. « La vraie voix des quartiers populaires est la nôtre, pas celle de ce soir », a martelé la militante, abondé par Youcef Brakni, exaspéré : « C’est de la récupération. » La sœur d’Adama Traoré a affirmé ne pas avoir été contacté par l’organisateur du rassemblement. Une information démentie par Dominique Sopo, l’association anti-raciste aurait tenté de joindre le comité à plusieurs reprises, sans réponses. Le Comité organise à Paris une mobilisation nationale pour la vérité et la justice, samedi à 14 heures 30, de la Place de la République jusqu’à Opéra.

Pour clôturer la conférence de presse, Youcef Brakni a annoncé la reprise de la tournée annuelle des quartiers populaires en France à partir de la semaine prochaine, jusqu’en juillet. Le Comité Adama réalise ces visites chaque année avant la marche en hommage à Adama à Beaumont-sur-Oise – là où résidait le jeune homme de 24 ans. Comme chaque année, elle se déroulera le 18 juillet dans cette commune du Val-d’Oise.

Lire et voir > Notre reportage photos lors de la troisième marche pour Adama

Soutenez Politis, faites un don.

Chaque jour, Politis donne une voix à celles et ceux qui ne l’ont pas, pour favoriser des prises de conscience politiques et le débat d’idées, par ses enquêtes, reportages et analyses. Parce que chez Politis, on pense que l’émancipation de chacun·e et la vitalité de notre démocratie dépendent (aussi) d’une information libre et indépendante.

Faire Un Don

Pour aller plus loin…

Le gouvernement s’apprête à dissoudre Génération EDR, collectif de lutte contre l’islamophobie
Exclusif 3 avril 2026 abonné·es

Le gouvernement s’apprête à dissoudre Génération EDR, collectif de lutte contre l’islamophobie

Politis révèle pourquoi le gouvernement veut dissoudre Génération EDR. Le collectif antiraciste est accusé de liens avec l’organisation antifasciste la Jeune Garde, dissoute. Les militants de Génération EDR dénoncent une répression de l’antiracisme.
Par Pauline Migevant et Hugo Boursier
Un Palestinien privé de statut de réfugié après des accusations qui auraient été fournies par Israël
Enquête 1 avril 2026 abonné·es

Un Palestinien privé de statut de réfugié après des accusations qui auraient été fournies par Israël

Actuellement en détention provisoire, Ali s’est vu retirer son statut de réfugié en février 2025. Une procédure faisant suite à une note blanche de la DGSI transmise à l’Ofpra, et qui aurait été alimentée par les autorités israéliennes.
Par Pauline Migevant
« En Syrie et en Irak, les Français de Daech sont allés décharger une violence qu’ils avaient en eux »
Entretien 1 avril 2026

« En Syrie et en Irak, les Français de Daech sont allés décharger une violence qu’ils avaient en eux »

Jamais la propagande d’une organisation terroriste n’avait réussi à recruter aussi rapidement au sein de la jeunesse française. Xavier Renault, psychologue clinicien et expert judiciaire, se penche sur l’attrait exercé par l’État islamique.
Par Céline Martelet
Viols, tortures, séquestrations : l’autre face du djihad enfin révélée
Enquête 1 avril 2026 abonné·es

Viols, tortures, séquestrations : l’autre face du djihad enfin révélée

À l’instar de Peter Chérif, condamné à la réclusion à perpétuité pour son rôle dans l’attentat contre Charlie Hebdo, plusieurs figures du terrorisme français ont violé, agressé, humilié des femmes. La justice commence à s’emparer de ces affaires.
Par Céline Martelet