« L’écoféminisme vise une transformation sociale et personnelle »

Très présent depuis 2015, le mouvement écoféministe est à la fois ancien et divers, teinté de postcolonialisme et parfois de spiritualité. Entretien avec Jeanne Burgart Goutal Philosophe

Vanina Delmas  • 9 décembre 2020 abonné·es
« L’écoféminisme vise une transformation sociale et personnelle »
© Konstantin Mihalchevskiy / Sputnik / Sputnik via AFP

Ma planète, ma chatte, sauvons les zones humides » ou « mort au patriarcat, pas au climat ! »… Depuis 2018, les slogans des mobilisations pour le climat ont révélé une tonalité nouvelle : celle de l’écoféminisme. Dans son ouvrage Être écoféministe (1), la philosophe Jeanne Burgart Goutal propose un récit mêlant histoire, théorie et pratique de l’écoféminisme. Sans cacher ses doutes et en accumulant les questions, l’autrice propose surtout de connaître et comprendre l’écoféminisme afin de l’adopter comme « arme de déconstruction massive » pour lire notre monde.

Comment avez-vous découvert l’écoféminisme et pourquoi en faire un objet d’étude philosophique ?

Jeanne Burgart Goutal : Je m’intéressais au féminisme et à l’écologie mais sans les avoir reliés. Je m’interrogeais sur la différence des sexes, les inégalités entre les sexes, la construction du masculin et du féminin, mais aussi sur le rapport à la nature qu’on a dans le monde actuel. Puis, j’ai vu le documentaire de Coline Serreau, Solutions locales pour un désordre global, qui liait la dégradation de la condition des femmes et celle de l’environnement, la crise écologique et l’aggravation du patriarcat. Et j’ai découvert qu’un mouvement pense tout cela depuis plus de quarante ans : l’écoféminisme.

Car l’histoire de l’écoféminisme remonte aux années 1970 et au mouvement antinucléaire dans les pays anglo-saxons.

Ces femmes luttaient contre le nucléaire civil et militaire pour mettre en évidence le côté violent, guerrier de notre système économique, énergétique, de production agricole et industrielle, puisque certains pesticides ont été utilisés comme armes de guerre. Ce message se retrouve dans le choix de leurs lieux de lutte : en

Envie de terminer cet article ? Nous vous l’offrons !

Il vous suffit de vous inscrire à notre newsletter quotidienne :

Vous préférez nous soutenir directement ?
Déjà abonné ?
(mot de passe oublié ?)
Idées
Temps de lecture : 10 minutes

Pour aller plus loin…

La prison de Sarko… et celle des autres !
Essai 9 juillet 2026 abonné·es

La prison de Sarko… et celle des autres !

La section française de l’Observatoire international des prisons a lu le Journal d’un prisonnier publié par l’ancien président après ses trois semaines de détention. Avec la linguiste Laélia Véron, elle souligne le contraste entre les conditions très privilégiées de celui-ci et la réalité du quotidien des 87 000 détenus français.
Par Olivier Doubre
Ghassan Abu Sittah : « Nous soignons aujourd’hui des enfants de trois guerres différentes »
Entretien 7 juillet 2026 abonné·es

Ghassan Abu Sittah : « Nous soignons aujourd’hui des enfants de trois guerres différentes »

Depuis le début de la guerre entre le Hezbollah et Israël en mars, 4 319 Libanais ont été tués et 12 000 blessés. Le chirurgien britannique Ghassan Abu Sittah, d’origine palestinienne, revient sur les conséquences de la guerre au Liban et dresse un parallèle avec l’enclave de Gaza.
Par Hugo Lautissier
L’atome au Japon, rêve et monstruosité
Essai 2 juillet 2026 abonné·es

L’atome au Japon, rêve et monstruosité

Le sociologue japonais Yoshimi Shun’ya retrace l’histoire de son pays au prisme de l’atome, depuis Hiroshima et Nagasaki jusqu’à l’accident de Fukushima. Tel un monstre planant sur l’archipel nippon…
Par Olivier Doubre
« Il faut que la gauche redevienne capable d’attirer à elle des gens venant d’autres bords »
Entretien 1 juillet 2026 abonné·es

« Il faut que la gauche redevienne capable d’attirer à elle des gens venant d’autres bords »

Le cofondateur du Festival des idées, du 3 au 5 juillet à La Charité-sur-Loire (Nièvre), espère que cet événement sera un catalyseur pour l’union. Et appelle à construire un rassemblement très large sur le modèle du Conseil national de la Résistance.
Par Lucas Sarafian