Antifascisme : la mémoire de Clément Méric célébrée

Neuf ans après la mort du militant antifasciste Clément Méric, plusieurs manifestations étaient organisées à Paris ce week-end.

Daphné Deschamps  • 6 juin 2022
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Antifascisme : la mémoire de Clément Méric célébrée
© photo : Noemie Coissac / Hans Lucas / Hans Lucas via AFP

Comment maintenir la mémoire d’un drame au fil des années ? Le 5 juin 2013, Clément Méric, militant antifasciste et syndicaliste de 18 ans était tué par des membres du groupuscule néonazi Troisième Voie dans une rue du quartier Havre-Caumartin. Neuf ans après, sa famille, ses amis, ses camarades de l’époque, mais aussi des centaines de militants qui ne l’ont jamais connu continuent de lui rendre hommage, via une marche qui prend peu à peu l’allure d’une tradition au fil des ans.

Les huit années passées, l’unité du milieu antifasciste se cimentait autour de cette marche, à travers un comité unitaire, le Comité pour Clément, qui rassemblait des organisations antifascistes, mais aussi le syndicat Solidaires, dont Méric était membre à travers Solidaires Etudiant.es. Le parcours de la manifestation se terminait régulièrement dans le XXème arrondissement de Paris, quartier général de nombre de ces collectifs. Cette année, à la suite de tensions et de divergences stratégiques qui parcourent le milieu antifasciste, plusieurs rendez-vous étaient proposés.

Tout d’abord, le samedi 4 juin, une journée de discussions, débats, concerts et expositions était organisée à Montreuil, par une des organisations dont faisait partie le militant, l’Action antifasciste Paris-banlieue (AFA P-B). Celle-ci était également à l’origine de la manifestation qui partait le dimanche 5 juin de la Place des Fêtes, dans le XIXème arrondissement. Dans le cortège d’environ 600 personnes, de nombreux drapeaux d’autres AFA et associées (Nantes, Nord-Pas-de-Calais, Genève…) dont le Groupe antifa Lyon et environs (GALE), qui avait été dissout par le gouvernement, avant de remporter une victoire juridique devant le Conseil d’État le mois dernier. Le premier débat de l’après-midi de la veille portait d’ailleurs sur les dissolutions comme celle dont le GALE venait d’être victime. La manifestation est restée somme toute classique, animée des chants habituels, dont « siamo tutti antifascisti » _[« nous sommes tous des antifascistes » en italien, NDLR] fumigènes et banderoles.

En fin de journée cependant, un rassemblement moins traditionnel a eu lieu. La coutume voulait jusque-là que la grande marche unitaire soit la manifestation mise en avant et à laquelle tout le monde était invité, et qu’une réunion en petit comité, réservée aux proches et à la famille et rassemblant rarement plus d’une trentaine de personnes, se tienne sur les lieux de la mort du militant, à Havre-Caumartin. Mais à la suite de tensions récentes, plusieurs organisations, dont le syndicat Solidaires, ont cette année appelé à un rassemblement dans le IXème arrondissement. Solennel, celui-ci a mis en avant la mémoire de Clément Méric et ses combats, au travers de prises de parole et de musiques, mais aussi de l’apposition de deux plaques symboliques.

L’enjeu de mémoire est avant tout symbolique, celui de la lutte contre la violence de l’extrême droite. La faire perdurer, c’est entretenir le souvenir d’un militant, mais aussi de ses engagements. Clément Méric n’est pas la seule personne tuée par l’extrême droite. Dans tous les discours, le nom de Federico Martin Aramburu, rugbyman tué par balles le 19 mars par deux anciens membres du Groupe Union Défense (GUD), un groupuscule d’extrême droite, en pleine rue à Paris.

© Politis

Eriger Aramburu en symbole de l’antiracisme, lutte sœur, est l’un des objectifs assumés de l’association de leurs mémoires. En effet, l’enquête tend pour le moment à montrer que les militants d’extrême droite l’auraient tué car il se serait interposé lors d’une agression raciste. C’est dans cette logique qu’à coté de la plaque « rue Clément Méric » a été aussi collée une plaque « rue Federico Martin Aramburu ». Pour continuer à faire vivre l’idée que les militants antifascistes préféreront toujours « des nuits d’orage, une vie de lutte plutôt qu’une minute de silence ».

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