Lycée : la voie professionnelle ne veut pas être une voie de garage

Les enseignants craignent que l’augmentation du temps en entreprise, annoncée par Emmanuel Macron, se fasse au détriment des lycéens. Une mobilisation intersyndicale avait lieu ce mardi 18 octobre.

Malika Butzbach  • 17 octobre 2022 abonné·es
Lycée : la voie professionnelle ne veut pas être une voie de garage
Élèves du lycée professionnel du Dolmen, à Poitiers, en filière « Métiers de la mode et du vêtement ».
© Photo : Jean-Francois FORT / Hans Lucas via AFP.

Former l’homme, former le travailleur et former le citoyen. » Lorsqu’on évoque le lycée professionnel auprès des enseignants ou des syndicats, ce mot d’ordre revient sur presque toutes les lèvres. Lorsqu’elle l’entend pour la première fois, Sophia, élève en terminale pro « Accompagnement soins et services à la personne », sourit en fumant sa cigarette devant les portes de son établissement de banlieue parisienne.

« C’est une belle phrase. Mais alors, pourquoi a-t-on parfois l’impression d’être dans une voie de garage ? » Bien qu’elle regroupe près de 37 % des lycéens, la voie professionnelle fait rarement parler d’elle : la lumière politique et médiatique se concentre sur la filière générale.

Mais, depuis la rentrée scolaire, elle est sous le feu des projecteurs. En cause : l’annonce par Emmanuel Macron d’une énième réforme. Devant les recteurs, le 25 août, le président de la République a évoqué une augmentation de la durée des stages. Une mesure qui risque de fragiliserl’équilibre sur lequel s’est fondée la voie professionnelle. 

« Les apprentissages sont construits autour de trois temps : un tiers de la formation se compose d’enseignements dits généraux (lettres, histoire, mathématiques, anglais…) ; un tiers d’enseignements professionnels, souvent dispensés par d’anciens salariés issus du monde de l’entreprise ; et un tiers de période de formation en milieu professionnel, donc en entreprise. Aujourd’hui c’est entre 18 et 22 semaines dites de stages sur les trois ans », détaille Louisa*, enseignante de lettres-anglais dans un lycée du Grand Est.

Nos élèves n’ont pas besoin de plus d’entreprise, mais de plus d’école, de culture et d’enseignement général.

La crainte est que ce temps en entreprise ampute celui passé en classe, et notamment les enseignements généraux. L’ensemble des syndicats appelaient à la mobilisation contre cette réforme le 18 octobre. « Nos élèves n’ont pas besoin de plus d’entreprise, mais de plus d’école, de culture et d’enseignement général, bref, de temps de base scolaire », soulignaient-ils dans leur communiqué.

Diminution des heures de cours

Car la voie professionnelle a été pensée comme une formation complète et globale ouvrant deux possibilités. « Après leur diplôme, les élèves peuvent entrer directement sur le marché du travail ou poursuivre leurs études. L’idée est de leur permettre d’acquérir la plus haute qualification possible », explique Éric Nicollet, inspecteur de l’Éducation nationale et secrétaire du Syndicat unitaire de l’inspection pédagogique (SUI-FSU).

D’où l’enjeu de garder, dans cette

Envie de terminer cet article ? Nous vous l’offrons !

Il vous suffit de vous inscrire à notre newsletter hebdomadaire :

Vous préférez nous soutenir directement ?
Déjà abonné ?
(mot de passe oublié ?)

Pour aller plus loin…

« On sait pourquoi on se bat » : à Strasbourg, la maire écolo Jeanne Barseghian veut retourner le match
Reportage 20 mars 2026 abonné·es

« On sait pourquoi on se bat » : à Strasbourg, la maire écolo Jeanne Barseghian veut retourner le match

Face au retour en force de l’ancienne étoile rocardienne Catherine Trautmann, et à la radicalisation de la droite, la maire verte croit à la force de l’union.
Par Lucas Sarafian
Emmanuel Grégoire : « On ne renonce pas à ses idées en votant utile »
Entretien 20 mars 2026 abonné·es

Emmanuel Grégoire : « On ne renonce pas à ses idées en votant utile »

Auprès de Politis, le candidat du Parti socialiste et des Écologistes à Paris revient, pour sa dernière interview à la presse avant la réserve électorale, sur son choix de ne pas s’unir avec la France insoumise face à Rachida Dati.
Par Alix Garcia et Hugo Boursier
Raphaël Glucksmann : beaucoup de bruit pour 0,3 % des élus de gauche aux municipales
Politique 20 mars 2026

Raphaël Glucksmann : beaucoup de bruit pour 0,3 % des élus de gauche aux municipales

Depuis les résultats du premier tour des municipales, le patron de Place publique écume plateaux télé et réseaux sociaux pour imposer son récit : aucune alliance avec LFI. Il est, en revanche, bien plus discret sur les (faibles) résultats des représentants de son parti.
Par Pierre Jequier-Zalc et Basile Roth
« L’abstention, lorsqu’elle est assumée, devient un acte politique »
Analyse 20 mars 2026 abonné·es

« L’abstention, lorsqu’elle est assumée, devient un acte politique »

Longtemps perçue comme un désengagement, l’abstention cache parfois un choix réfléchi et revendiqué, motivé par une défiance et un réel manque de représentation. Ce rapport au vote interroge alors la responsabilité des politiques.
Par Kamélia Ouaïssa