Après le pic de répression, la banalité des discriminations

L’absence de mesures politiques en direction des quartiers populaires depuis la mort de Nahel inscrit Emmanuel Macron dans la continuité de ses prédécesseurs face aux discriminations : en les laissant impunies, l’État les a rendues légitimes.

Hugo Boursier  • 12 juillet 2023 abonné·es
Après le pic de répression, la banalité des discriminations
Gendarmes mobiles positionnés lors de la Marche pour Adama, à Paris le 8 juillet.
© Bertrand GUAY / AFP

Plus de quatorze jours se sont écoulés depuis la mort de Nahel. Quatorze jours au cours desquels Emmanuel Macron a eu le temps de pointer du doigt l’éducation des mères célibataires, Gérald Darmanin d’organiser militairement la répression des révoltes, entraînant la mort de Mohamed, 27 ans, et le coma d’Aimène, 25 ans, et Éric Dupont-Moretti de pondre une circulaire enjoignant le parquet à être sévère et expéditif. Un agenda bien chargé, sans aucune réponse politique pour les habitants des quartiers populaires. Aucune réforme de la police, qui a aussi tué Alhoussein Camara, 19 ans, lors d’un contrôle routier, le 14 juin. Aucune prise en compte des demandes de justice. Rien sur la lutte contre le racisme.

Face à la surdité du gouvernement et une extrême droite ravie de faire enfler la cicatrice crasse de la haine de l’autre, ces mêmes habitants se trouvent désœuvrés. Ils observent, une nouvelle fois, que le politique s’agite pour éteindre la colère et emprisonner celles et ceux qui la portent. Mais jamais pour prendre à bras-le-corps leurs revendications. « Ces émeutes racontent la distorsion du rapport au temps », analyse la sociologue Véronique Le Goaziou. « Ces scènes de violence jaillissent pendant quelques jours, avec en réponse une institution judiciaire qui procède à des déferrements à tour de bras. Mais, au quotidien, les habitants des quartiers populaires constatent que leurs besoins de base sont de moins en moins satisfaits. Ils font l’expérience d’une inégalité devant l’attente qui nous est infligée ou imposée par l’administration pour obtenir gain de cause », explique celle qui a longtemps travaillé sur les révoltes de 2005 et qui a signé un ouvrage sur les travailleurs sociaux et la précarité (1) Véronique Le Goaziou cite pour exemples les démarches administratives à accomplir, les demandes d’aide ou de réparations quelconques. « C’est l’impression d’être relégué sur des problématiques très ordinaires et quotidiennes ». Pour les habitants des quartiers « prioritaires de la politique de la ville » (QPV), l’administration est un labyrinthe dans lequel la direction à prendre n’est jamais indiquée. Une inégalité structurelle aggravée par une discrimination généralisée, tandis que rien ne change vraiment. Si ce n’est le visage et le nom du ministre de l’Intérieur, dont tout le monde sait qu’il défendra la police, quoi qu’il en coûte.

Samir Hadj Belgacem, sociologue spécialiste des quartiers populaires et des institutions politiques, regrette que « rien n’a[it] été fait depuis 2017 en direction des quartiers. Aucune action claire, aucune vision : seulement le regard misérabiliste qui consiste à déplorer le chômage en prétextant que le travail est à portée de main et que les personnes abusent ou profitent des aides et

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