Papa Biden a toujours raison

Le sommet de l’Otan, qui se termine ce 12 juillet, a rappelé à quel point les États-Unis savent imposer leur pragmatisme à l’Europe, jusqu’à la Turquie.

Patrick Piro  • 12 juillet 2023
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Papa Biden a toujours raison
Le président américain Joe Biden lors d'une réunion avec le Premier ministre suédois Ulf Kristersson à Washington, le 5 juillet 2023.
© Brendan Smialowski / AFP

Quelles que soient les décisions prises au sommet 2023 de l’Otan à Vilnius, qui se sera achevé ce mercredi 12 juillet, elles auront la couleur décidée par les États-Unis. L’Union européenne, et surtout ses deux principaux piliers, la France et l’Allemagne, paye de sa vassalité, et pour longtemps, sa faiblesse politique passée face à la Russie.

Washington va fournir à Kiev des bombes à sous-munitions ? Les deux tiers de ses partenaires de l’Otan, signataires de la convention d’Oslo de 2008, ont interdit ces armes, qui libèrent aveuglément une tornade de projectiles, y compris sur les populations civiles. Ces pays s’abritent derrière un maigre paravent juridique : ni les États-Unis ni l’Ukraine n’ont signé le texte. Et la décision de Joe Biden, qu’il qualifie de « très difficile », arrange bien l’UE : les stocks d’armes occidentales disponibles pour l’Ukraine s’asséchant, ces bombes plus dégueulasses que les autres permettraient d’accentuer la pression sur les coriaces lignes de défense russes dans l’Est ukrainien. Les États-Unis, c’est un classique, imposent leur pragmatisme à une Europe qui serait malvenue de chipoter avec le poids lourd qui débourse les deux tiers du budget de l’Alliance atlantique.

Les États-Unis imposent leur pragmatisme à une Europe qui serait malvenue de chipoter.

La rencontre dans la capitale lituanienne avait entre autres pour objectif plus global de définir un plan à long terme pour l’Ukraine – aide financière, livraison d’armes, formation, etc. Pour les États-Unis, le but de guerre est clair depuis des mois : défaire l’armée russe. Et le rocambolesque épisode de déstabilisation de Vladimir Poutine provoqué par la rébellion d’Evgueni Prigojine, le patron des mercenaires de Wagner, est une opportunité qu’il faut exploiter à fond. Emmanuel Macron, après avoir un temps mis en garde contre le risque d’« humilier » le dictateur de Moscou, est depuis rentré dans le rang. Le gouvernement allemand, longtemps pro-russe par intérêt économique, a convenu aussi que la mécanique de la guerre conduisait à rejoindre la position des États-Unis.

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Le sommet 2022 de l’Otan avait été dominé par la demande d’adhésion express de la Finlande et de la Suède. C’est bouclé pour la première. Pour la seconde, tout dépendait des humeurs tactiques de Recep Tayyip Erdoğan : il faut l’unanimité des membres de l’Otan, et la Turquie a fait graduellement monter ses exigences pendant un an pour obtenir de Stockholm un durcissement de sa position contre les réfugiés kurdes, qu’elle considère comme des « terroristes », mais aussi, ultime enchère, pour que l’UE « ouvre la voie » à une possible entrée de la Turquie en son sein ! Erdoğan a obtenu satisfaction, et l’adhésion à l’Otan de son 32e membre n’est plus qu’une question de ratification. Là encore, papa Biden avait rassuré sur l’issue. Sous-entendu : on saura rendre raisonnable l’autocrate d’Ankara, qui a bien besoin d’un coup de main pour la sécurité et le redressement économique de son pays.

Papa Biden avait rassuré sur l’issue : on saura rendre raisonnable l’autocrate d’Ankara.

Reste l’adhésion de l’Ukraine à l’Otan, que Volodymyr Zelensky sollicite à cor et à cri depuis plus d’un an. Là encore, l’UE danse d’un pied sur l’autre. En 2008, la crainte de l’ire russe avait incité la France et l’Allemagne à reporter la réponse à la demande de l’Ukraine (ainsi qu’à celle de la Géorgie). Macron a tenu à nouveau cette position, depuis l’invasion russe le 24 février 2022. Avant son revirement de fin mai, soldant l’échec de ses tentatives de « dialogue » avec Poutine. Berlin en revanche s’est rangé à l’avis de Washington. Biden est réticent à donner un franc signe positif à Zelensky, considérant que l’Ukraine n’est « pas prête » – au-delà de la condition impérative d’une fin de la guerre, car à défaut l’Otan deviendrait formellement belligérante, obligée par son article 5 de défendre le nouvel arrivant. Le président états-unien, qui vise sa réélection en 2024, réserve sûrement quelques décisions de poids pour l’an prochain : les États-Unis recevront alors le sommet célébrant les 75 ans de l’Otan.

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