Racisme et greenwashing : le goût amer de la Coupe du monde de rugby

En moins de 10 jours, deux affaires sont venues entacher l’ouverture de la Coupe du monde de rugby, qui débute ce vendredi 8 septembre dans l’hexagone. Un événement populaire déjà gâché par l’hypocrisie des pouvoirs publics.

Pierre Jequier-Zalc  • 7 septembre 2023
Partager :
Racisme et greenwashing : le goût amer de la Coupe du monde de rugby
Des ouvriers nettoient les sièges du stade de France à Saint-Denis, près de Paris, le 7 septembre 2023, à la veille du match d'ouverture de la Coupe du monde de rugby 2023.
© Photo d'Anne-Christine POUJOULAT / AFP

Ce devait être un formidable rendez-vous sportif. L’équipe de France de rugby est peut-être l’une des plus fortes de son histoire. Alors qu’elle débutera sa Coupe du monde ce vendredi face aux All Blacks de Nouvelle-Zélande, elle s’affiche déjà comme l’une des favorites au sacre suprême. Pourtant, à quelques heures du coup d’envoi de ce premier match, on retient plus le goût rance des affaires de ces derniers jours que l’affiche de gala qu’abritera le Stade de France.

En tête, celle concernant la sélection du deuxième ligne Bastien Chalureau, condamné en première instance pour violences racistes. Selon le témoignage de la victime – un autre rugbyman –, elle aurait été frappée après avoir été qualifiée de « bougnoule ». Un jugement dont Bastien Chalureau a interjeté appel, reconnaissant les violences mais niant les propos racistes. Malgré tout, sa sélection pour la plus prestigieuse des compétitions pose question, notamment lorsqu’on sait que la ministre des Sports, Amélie Oudéa-Castéra, a fait de la probité une des valeurs fondamentales pour porter les couleurs tricolores.

Mais là, rien. La ministre s’abrite derrière la présomption d’innocence en attendant l’appel. Le président de la République fait de même. Un laxisme qui interroge. D’autant plus que le sport n’a pas été exempt d’affaires qui n’ont pas attendu le tribunal pour aboutir sur des sanctions. Karim Benzema, mis à l’écart de l’équipe de France de football pendant plus de cinq ans, avant qu’un jugement ne soit rendu, peut en témoigner.

L’objectif de performance sportive doit-il vraiment évacuer toutes ces problématiques d’ampleur ?

Cette hypocrite mise sous le tapis par les pouvoirs publics n’est pas sans conséquence. Elle valide une forme d’acceptation pour les faits dénoncés qui ne sont pas anodins, loin de là. Comment supporter une équipe dont un des joueurs est accusé d’insultes racistes ? Un joueur qui parle avec des personnalités d’extrême droite ? Le tout, à peine plus d’un an après le meurtre de Federico Martín Aramburú, ancien joueur de Biarritz et Perpignan par exemple, par un militant d’extrême droite. Dans une tribune publiée dans Politis, plusieurs personnalités politiques et sportives appellent à lui rendre hommage lors de cette coupe du monde. À moins de 24 heures de son coup d’envoi, aucune réponse n’a été apportée par les organisateurs à cette demande.

L’objectif de performance sportive doit-il vraiment évacuer toutes ces problématiques d’ampleur ? Par ses valeurs, le rugby ne devrait-il pas justement se faire le défenseur de l’égalité et de la fraternité ?

Une autre valeur a justement été mise en avant par les organisateurs : celle d’une Coupe du monde à « faible impact environnemental ». Raté, encore. Ainsi, l’un des principaux sponsors de celle-ci n’est autre que le géant pétrolier TotalEnergies ! Greenpeace, dans un spot vidéo, accuse la multinationale française ultrapolluante de pratiquer un greenwashing de bas étage sur le dos d’un événement populaire. On pourra difficilement dire le contraire.

L’ONG affirme également avoir été contactée par les organisateurs pour que cette vidéo ne soit pas diffusée, sous peine de poursuites judiciaires. Hypocrite, encore et toujours. Car en décidant de maintenir Bastien Chalureau dans l’équipe de France, en choisissant TotalEnergies comme partenaire, c’est bien les valeurs d’écologie, d’égalité et de tolérance prônées par ces mêmes pouvoirs publics qui sont aujourd’hui piétinées.

Comme dirait Zaz qui chantera pour la cérémonie d’ouverture : de cette Coupe du monde, je n’en veux pas !

Recevez Politis chez vous chaque semaine !
Abonnez-vous
Publié dans
Parti pris

L’actualité vous fait parfois enrager ? Nous aussi. Ce parti pris de la rédaction délaisse la neutralité journalistique pour le vitriol. Et parfois pour l’éloge et l’espoir. C’est juste plus rare.

Temps de lecture : 3 minutes
Soutenez Politis, faites un don.

Chaque jour, Politis donne une voix à celles et ceux qui ne l’ont pas, pour favoriser des prises de conscience politiques et le débat d’idées, par ses enquêtes, reportages et analyses. Parce que chez Politis, on pense que l’émancipation de chacun·e et la vitalité de notre démocratie dépendent (aussi) d’une information libre et indépendante.

Faire Un Don

Pour aller plus loin…

La fin du mythe de  la méritocratie 
Parti pris 17 décembre 2025

La fin du mythe de  la méritocratie 

La méritocratie continue d’être brandie comme la preuve que tout serait possible pour qui « se donne les moyens ». Mais ce discours, qui ignore le poids écrasant des origines sociales, n’est rien d’autre qu’un instrument de culpabilisation. En prétendant récompenser le mérite, la société punit surtout ceux qui n’avaient aucune chance. Voici pourquoi le mythe s’écroule et pourquoi il faut enfin le dire.
Par Pierre Jacquemain
Le « sales connes » qui cache la forêt
Parti pris 13 décembre 2025

Le « sales connes » qui cache la forêt

L’insulte surmédiatisée de Brigitte Macron envers des militantes féministes doit nous indigner… Sans nous faire perdre de vue la stratégie d’inversion de la culpabilité mise en place par Ary Abittan.
Par Salomé Dionisi
Budget : le renoncement socialiste
Parti pris 9 décembre 2025

Budget : le renoncement socialiste

Le Parti socialiste, qui avait retrouvé une cohérence en renouant avec la gauche au moment de la Nupes, semble aujourd’hui s’égarer à nouveau. En validant la trajectoire gouvernementale, il fragilise tout le camp progressiste.
Par Pierre Jacquemain
Bardella, l’œuf et la peur
Parti pris 2 décembre 2025

Bardella, l’œuf et la peur

En quelques jours, le président du RN a été aspergé de farine et a reçu un œuf. Pour certains commentateurs, nous serions entrés dans une ère de chaos où la démocratie vacille au rythme des projectiles de supermarché. Ce qui devrait plutôt les inquiéter est la violence d’une parole politique qui fragilise les minorités, les élus et l’État de droit.
Par Pierre Jacquemain