Condamnation de Nicolas Bedos : le « tribunal médiatique » à géométrie variable

Depuis sa condamnation pour agressions sexuelles, l’acteur et réalisateur est soutenu par de nombreuses personnalités publiques qui s’indignent de la « sévérité » de sa peine. Les mêmes qui plaident habituellement pour que la justice soit rendue dans les tribunaux et non dans les médias.

Salomé Dionisi  • 24 octobre 2024
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Condamnation de Nicolas Bedos : le « tribunal médiatique » à géométrie variable
Nicolas Bedos, avec son avocate Julia Minkowski (à gauche) et sa compagne Pauline Desmonts (à droite), au tribunal de grande instance de Paris le 8 février 2024, au moment du report de son procès.
© Geoffroy VAN DER HASSELT / AFP

Le 22 octobre 2024, le tribunal judiciaire de Paris a condamné un homme à un an de prison, dont six mois avec sursis, pour deux agressions sexuelles. Jusqu’ici, rien de surprenant : en France, une agression sexuelle commise sous l’emprise d’alcool est passible de sept ans de prison et de 100 000 € d’amende. Rien de surprenant, sauf quand l’homme s’appelle Nicolas Bedos. Là alors, les réseaux sociaux, les ondes radio et les plateaux télé s’enflamment. Les avocats, journalistes et artistes qui manifestent leur soutien au réalisateur semblent découvrir le code pénal.

« Pour un baiser dans le cou et une main posée deux secondes sur un jean, on se trouve condamné à porter un bracelet électronique pendant six mois », répétait l’avocate de la défense à chaque micro tendu après le délibéré. Une minimisation des faits reprochés à Nicolas Bedos reprise immédiatement à leur compte par Pascal Praud et autres éditorialistes, sans remise en question ni prudence journalistique.

De quelle peine moins lourde un homme qui a agressé sexuellement plusieurs femmes aurait-il dû écoper ?

Pourtant, Bedos n’est pas accusé d’avoir malencontreusement effleuré une fois le corps d’une femme. Il a été reconnu coupable d’avoir, par surprise, touché le sexe d’une inconnue à travers ses vêtements, et d’avoir saisi le corps d’une autre pour lui imposer un baiser sans consentement. La plaignante n’est pas la seule à dénoncer ces comportements délictueux : deux autres femmes se sont portées parties civiles, et six ont témoigné auprès de Mediapart. Deux enquêtes – dont une pour viol – ont été ouvertes puis classées sans suite, car les faits sont prescrits. Combien d’autres n’ont pas su, n’ont pas pu, n’ont pas voulu parler ?

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Que ses défenseurs dorment sur leurs deux oreilles : si la peine de Nicolas Bedos est confirmée en appel, il ne passera pas une seule nuit en prison. Il devra simplement porter pendant six mois, à son domicile, un bracelet électronique. Ayant tous ces éléments en tête, qui peut décemment crier à l’injustice et dénoncer une peine disproportionnée ? De quelle peine moins lourde un homme qui a agressé sexuellement plusieurs femmes aurait-il dû écoper ?

Bedos fait simplement partie des 6 % d’auteurs de violences sexuelles qui ne passent pas entre les mailles du filet.

En France, moins de 6 % des plaintes pour violences sexuelles débouchent sur une condamnation. Dans ces rares cas, la moitié des agresseurs doivent purger une peine de prison ferme. Bedos n’est pas un martyr sacrifié pour l’exemple. Il n’est pas la cible de juges cherchant à surfer sur la célébrité de l’accusé. Connus ou pas, les agresseurs ne sont condamnés qu’à la marge. Bedos fait simplement partie des 6 % d’auteurs de violences sexuelles qui ne passent pas entre les mailles du filet. Si sa condamnation semble sévère, c’est que nous avons été trop habitués aux non-lieux et aux plaintes classées sans suite.

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Où sont-ils, ceux qui dénoncent habituellement le fameux « tribunal médiatique » ? Ceux qui font régulièrement le tour des plateaux télé pour rappeler que la justice se rend dans les tribunaux ? Manifestement, pas aux côtés des femmes. Les rares fois où les violences sexuelles sont condamnées, ce sont ceux-là même qui viennent se plaindre de la justice… dans les médias. Déplaçant ainsi une question de droit – qui répond à une définition stricte – vers le terrain de la morale.

Elles sont nombreuses les chercheuses, les juristes, les journalistes et les militantes féministes à documenter la culture du viol. À expliquer avec pédagogie qu’une agression sexuelle est l’une des étapes d’un continuum de violences patriarcales. Qu’il n’y a pas d’un côté les violeurs multirécidivistes et de l’autre les bons potes aux tentatives de drague un peu lourdes. Pour les entendre, encore faut-il avoir le courage de remettre en question ses propres comportements.


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