Au boulot les jeunes !

Dans leur film Au boulot !, Gilles Perret et François Ruffin filment les gueules cassées du monde du travail. Parmi eux, deux jeunes de Grigny, Mohammed et Iliès, symboliques du tri social opéré par l’Éducation nationale, de Parcoursup aux groupes de niveaux.

Laurence De Cock  • 9 décembre 2024 abonné·es
Au boulot les jeunes !
© Daulet Turubayev / Unsplash

« C’est pas moi qui ai arrêté l’école, c’est eux qui m’ont arrêté », Mohammed, une vingtaine d’années, désormais employé dans une entreprise d’installation de fibre optique, semble n’en tenir rigueur à personne. Face à la caméra, il explique comment Parcoursup l’a laissé sur le carreau : « Il m’a rien proposé, zéro, rien du tout ».

Dans leur film Au boulot !, Gilles Perret et François Ruffin filment les gueules cassées du monde du travail, sans sublimation excessive, comme une succession de visages et de tranches de vie. Parmi elles, il y a deux jeunes de Grigny, l’une des villes les plus pauvres de France, Mohammed et Iliès. Sans fards, ils livrent des bribes de leur parcours à Sarah Saldmann, l’avocate-éditorialiste de CNews en pleine aventure de tourisme social. Iliès et Mohammed crèvent l’écran. Bonhommes, ils lèvent la mèche sur la perversion du système éducatif français qui se met en scène comme pourvoyeur d’une « égalité des chances » alors qu’il devient de plus en plus une machine à trier.

« Les deux années qui ont suivi mon bac (professionnel), j’ai postulé dans des écoles. J’avais 10-12 de moyenne, j’étais au-dessus de 10, on peut pas dire qu’il est con le mec », raconte Mohammed. Iliès, lui, a arrêté après son bac pour travailler. Livreur de nourriture pour chats dans les demeures bourgeoises, manutentionnaire, il enchaîne les boulots que lui impose son agence d’intérimaires, pour deux trois jours à chaque fois seulement. « On cherche une stabilité, dit-il, mais elle n’est pas accessible. » Tous les deux vivent encore chez leurs parents. Des jeunes comme eux, « de bonne volonté », il y en a plein dans les cités.

Parcoursup, une machine à ventiler les élèves qu’on nous présente comme un outil de justice sociale.

Recalés par un algorithme dont personne ne connaît les critères, Iliès et Mohammed n’ont pas fait appel comme les familles aisées, évoquées dans l’ouvrage Contester Parcoursup d’Annabelle Allouch et Delphine Espagno. Il est presque certain qu’ils ne savaient même pas que c’était possible. Eux ont été habitués à encaisser, si possible en silence.

Qui peut encore croire à la fable de la démocratisation scolaire ? À quelques semaines de l’ouverture de

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