Saint-Valentin : l’amour n’est pas mort

Les passions et les affres de l’amour, sous toutes leurs formes : c’est cela que l’on devrait célébrer tous les 14 février.

Pablo Pillaud-Vivien  • 14 février 2025
Partager :
Saint-Valentin : l’amour n’est pas mort
© Maico Pereira / Unsplash

La Saint Valentin, l’amour, le couple et la jalousie. Il n’a jamais été clair si Marcel Proust croyait véritablement à l’amour ou plutôt s’il croyait à l’amour véritable. Au fond, il devait penser que l’amour était de ces choses dont on s’est toujours mépris sur l’objet : on imagine aimer un être de chair et d’esprit quand c’est le paysage, les odeurs alentour, les mets que l’on goûte, les musiques des instants ou les fantasmes qu’on en retire qui font que l’on tombe en pâmoison. C’est au nom de cette multiplicité des atours de l’amour, de ces circonvolutions qui le définissent mieux en creux qu’en absolu, que l’on est légitime à en faire évoluer constamment la définition.

La vision monolithique du couple (…) subit les assauts précieux de toutes celles et tous ceux qui veulent interroger (…) les normes.

L’amour, ce n’est pas comme tendent à nous le dire nos contes et légendes, trop de nos histoires et représentations, un homme et une femme dont, comme pour Tristan et Iseult, les ronces relient les tombes. La vision monolithique du couple, imprégnée de culture chrétienne, subit les assauts précieux de toutes celles et tous ceux qui veulent interroger – quand ce n’est pas détruire – les normes instaurées et construites. Mieux : de la possibilité du divorce au polyamour, la nécessité de l’engagement mutuel et éternel de deux individus est aussi remise en cause. Dans sa contractualisation à tout le moins.

Sur le même sujet : Les histoires d’amour se passent, en général

Pour autant, il est une constante qui remonte au moins aux mythes grecs : la jalousie. Tourment par excellence de l’être amoureux, il génère autant de passions contradictoires que de douleurs aiguës. Chez Proust, on dirait même qu’il est un paramètre de l’amour : sans elle, les relations ne seraient que des objets inertes et monotones dont la plénitude résiderait dans l’absence totale de mouvement. Or, dans la Recherche, la jalousie est une potentialité, un rapport en puissance à une réalité que l’esprit des femmes et des hommes refaçonne à leur convenance et sans forcément que la vérité leur importe. La jalousie, en quelque sorte, sublime l’amour par l’invention – et elle en devient un moteur nécessaire.

L’amour ne peut être tout entier ancré dans la raison ou même dans le bonheur.

Évidemment, une telle affirmation va à l’encontre d’une doxa qui voudrait en faire l’un des sept péchés capitaux. L’amour échappe, l’amour s’échappe. Même si certains le tentent, il ne peut être tout entier ancré dans la raison ou même, disons-le, dans le bonheur. Sinon, il serait aussi ennuyeux que son corollaire, le mariage. La société actuelle, produit de son histoire, pose un cadre, propose des limites et instaure des tabous. Il ne s’agit pas de les remettre tous en question – et heureusement ! Mais se situer dans les limbes et les périphéries est toujours plus beau que tout regarder depuis un centre inerte.

Sur le même sujet : Dossier : L’amour au temps du libéralisme

Lorsque l’on célèbre la Saint-Valentin, tous les 14 février, au-delà du caractère profondément mercantile de cette tradition très récente, la tendance est toujours à l’exaltation de ce centre. Si quelques-uns et unes, autrefois exclus, sont aujourd’hui largement intégrés dans ce centre faussement élargi par la communication débridée de superstructures oppressantes, ne nous laissons pas avoir : il existe toujours des ailleurs qui sont bien plus puissants et réjouissants.

Recevez Politis chez vous chaque semaine !
Abonnez-vous
Publié dans
Parti pris et Société

L’actualité vous fait parfois enrager ? Nous aussi. Ce parti pris de la rédaction délaisse la neutralité journalistique pour le vitriol. Et parfois pour l’éloge et l’espoir. C’est juste plus rare.

Temps de lecture : 3 minutes
Soutenez Politis, faites un don.

Chaque jour, Politis donne une voix à celles et ceux qui ne l’ont pas, pour favoriser des prises de conscience politiques et le débat d’idées, par ses enquêtes, reportages et analyses. Parce que chez Politis, on pense que l’émancipation de chacun·e et la vitalité de notre démocratie dépendent (aussi) d’une information libre et indépendante.

Faire Un Don

Pour aller plus loin…

De l’enfer carcéral au théâtre, la renaissance de Redwane Rajel
Portrait 13 mai 2026 abonné·es

De l’enfer carcéral au théâtre, la renaissance de Redwane Rajel

Le comédien de 51 ans raconte son parcours de vie accidenté dans un seul en scène salué par ses pairs. Son histoire est celle d’un homme qui s’est reconstruit grâce à la scène, découverte en prison à la faveur des permissions de sortie et des activités culturelles.
Par Hugo Forquès
Master Poulet : à L’Après M de Marseille, « il faut arrêter d’utiliser la nourriture pour stigmatiser »
Reportage 12 mai 2026 abonné·es

Master Poulet : à L’Après M de Marseille, « il faut arrêter d’utiliser la nourriture pour stigmatiser »

La polémique autour de l’ouverture d’un Master Poulet à Saint-Ouen, contestée par le maire Karim Bouamrane (PS), a charrié des enjeux à l’intersection entre classe sociale, racisme et géographie de territoire. Un sujet qui résonne à L’Après M, restaurant solidaire dans les quartiers nord de Marseille.
Par Zoé Cottin
Fin de vie : le Sénat abrège les débats sur l’aide à mourir
Loi 12 mai 2026 abonné·es

Fin de vie : le Sénat abrège les débats sur l’aide à mourir

Les parlementaires ont voté contre l’article sur lequel reposait « l’assistance médicale à mourir », une version plus restrictive du texte adopté à l’Assemblée nationale. Laquelle sera, dorénavant, seul maître à bord du texte.
Par Hugo Boursier
La fin de vie n’est pas une affaire privée
Parti pris 11 mai 2026

La fin de vie n’est pas une affaire privée

Alors que le projet de loi sur la fin de vie revient au Sénat, la gauche se retrouve face à ses propres contradictions. Peut-elle défendre l’aide à mourir au nom de la seule liberté individuelle alors qu’elle combat partout ailleurs cette fiction libérale du choix autonome ?
Par Pierre Jacquemain