Accélérationnisme : comment l’extrême droite engage une course à la guerre raciale
L’idéologie accélérationniste s’impose comme moteur d’un terrorisme d’ultradroite radicalisé. Portée par une vision apocalyptique et raciale du monde, elle prône l’effondrement du système pour imposer une société blanche.
dans l’hebdo N° 1869 Acheter ce numéro

Alors que le procès du groupe d’ultradroite Action des Forces opérationnelles (AFO) pour « association de malfaiteurs terroriste » continue, un concept n’a pas manqué d’être relevé par le Parquet national antiterroriste pour décrire l’idéologie de ceux qui prévoyaient des attentats islamophobes : l’accélérationnisme.
Loin d’être anecdotique, ce courant de pensée constitue, selon un rapport d’Europol de 2024, « la menace la plus critique » parmi le terrorisme d’extrême droite.
En quoi consiste-t-elle ? « C’est la théorisation d’une action violente qui enjoint à accélérer le mouvement pour que le système en place arrive à bout de souffle. Et aboutir à une révolution allant dans leur sens, c’est-à-dire une révolution conservatrice », explique Stéphane François, spécialiste des droites radicales et professeur de sciences politiques à l’université de Mons.
Le courant n’est pas cantonné à l’extrême droite. Partiellement issu du marxisme, il peut se décliner à l’extrême gauche. La stratégie consiste alors à accélérer le capitalisme pour le faire imploser sous le poids de ses contradictions.
Mais lorsqu’il est récupéré par le camp réactionnaire, la conclusion est tout autre : « C’est en provoquant la guerre raciale – supposée en cours pour les plus radicaux – que ces adeptes pensent pouvoir arriver à la société voulue. » Autrement dit, une société exclusivement blanche, qui aurait survécu au « grand remplacement », ce mythe complotiste popularisé par l’idéologue, Renaud Camus, et qui a inspiré plusieurs terroristes d’extrême droite, assurant que la « civilisation occidentale » est menacée d’être substituée par une population non-blanche.
L’accélérationnisme d’ultradroite se targue donc d’être défensif car le changement radical qu’il vante répondrait, selon lui, à l’offensive d’une submersion démographique venue d’Afrique constituant un « génocide blanc ».
Un discours qui découle d’une vision apocalyptique du futur, porté par un ésotérisme qui divinise la race. L’une des images privilégiées par ce courant est le soleil noir, symbole du mysticisme nazi issu de la mythologie nordique. « Leur complotisme est très millénariste. Pour eux tout fait sens, tout est signes dans un mélange de contre-culture et d’eschatologie chrétienne », analyse Stéphane François.
Un phénomène ancienPour l’universitaire, l’accélérationnisme trouve ses prémisses dans les années 1970 en Italie, soit « Les années de plomb », une période d’extrême tension politique où
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