« Ça se relit », épisode 1 : Clémence Guetté et Louise Michel

Cet été, Politis demande à de nombreuses femmes de gauche un discours à découvrir… ou redécouvrir. Pour ce premier épisode, la vice-présidente insoumise de l’Assemblée nationale Clémence Guetté lit Louise Michel, la Communarde.

Clémence Guetté  • 19 juillet 2025
Partager :
« Ça se relit », épisode 1 : Clémence Guetté et Louise Michel
Clémence Guetté et Louise Michel.
© Politis / Maxime Sirvins pour Clémence Guetté

Il y a cent quarante-deux ans, Louise Michel écrivait : « Je suis ambitieuse pour l’humanité. » La toute première fois que j’ai lu ces mots, j’ai été touchée par la manière dont cette phrase capture l’essence du projet de toutes celles et ceux qui, avant et après elle, ont aspiré à transformer radicalement le monde. On ne s’engage pas en politique sans être mû par un désir profond de résistance face à l’ordre établi, sans aspirer à la victoire prochaine du peuple et sans vouloir tout changer.

Cette exigence de porter une « ambition pour l’humanité », et de l’emporter pour imposer un horizon collectif émancipateur, est le fil rouge qui traverse nos luttes et les unit à travers l’histoire. C’est ce qui fait de l’insoumission l’une des héritières de la Commune de Paris et des révoltes populaires qui ont valu à Louise Michel d’être jugée pour avoir volé du pain. C’est cette aspiration à un monde où règnent « la liberté et l’égalité » qui fonde notre projet révolutionnaire.

Cette ambition est aussi une colère contre celles et ceux qui, par leurs trahisons et leurs compromissions avec l’ordre dominant, ont participé à l’essor d’un capitalisme financiarisé, de plus en plus violent, qui broie les corps et les vies sur son passage. Elle nous unit avec « les gens dégoûtés de la triste comédie que depuis tant d’années nous donnent les gouvernants ».

Cette violence sociale s’accompagne d’une violence politique insupportable qui empêche le peuple de dire « qu’il meurt de faim »

Ceux qui savent que « le peuple n’a ni pain ni travail », et que l’unique avenir que l’oligarchie prépare activement pour les Français, c’est la « guerre », la guerre sociale. En découvrant la plaidoirie de Louise Michel, j’ai été frappée par la justesse de ses mots pour décrire ce que je vivais et voyais autour de moi avant de m’engager. Leur pertinence m’a à nouveau frappée en relisant ce texte.

Sur le même sujet : Louise Michel au Panthéon ?

Aujourd’hui, un Français sur trois se prive de nourriture pour nourrir ses enfants, et il y a deux fois plus de travailleurs précaires qu’il y a quarante ans. Cette violence sociale s’accompagne d’une violence politique insupportable qui empêche le peuple de dire « qu’il meurt de faim », qu’il ne s’en sort pas, et que ça suffit. La répression du mouvement des gilets jaunes, des manifestations « sauvages » contre la réforme des retraites, des mouvements pour la paix et la fin du génocide à Gaza, c’est « la liberté […] avec cinq ans de bagne au bout » dont parle Louise Michel.

Mais être ambitieuse pour l’humanité, c’est aussi savoir que le peuple français est un peuple révolutionnaire. Demain, il fera la révolution citoyenne et la VIe République, « où tout le monde peut consommer ce qui est nécessaire à ses besoins ». Demain, nous l’emporterons et « le genre humain sera heureux ».

Notre ambition, ce n’est pas de gouverner pour gouverner. C’est de permettre aux gens d’avoir une vie plus douce et digne, dans laquelle ils n’ont pas besoin de choisir entre se nourrir et nourrir leur enfant, et dans laquelle la devise « liberté, égalité, fraternité » n’est pas une phrase abstraite gravée sur les mairies, mais une réalité sociale et politique.


La plaidoirie de Louise Michel devant la Cour d’assises de la Seine, le 22 juin 1883.
Cliquez ici pour télécharger le document au format PDF.

Recevez Politis chez vous chaque semaine !
Abonnez-vous
Soutenez Politis, faites un don.

Chaque jour, Politis donne une voix à celles et ceux qui ne l’ont pas, pour favoriser des prises de conscience politiques et le débat d’idées, par ses enquêtes, reportages et analyses. Parce que chez Politis, on pense que l’émancipation de chacun·e et la vitalité de notre démocratie dépendent (aussi) d’une information libre et indépendante.

Faire Un Don

Pour aller plus loin…

Corse : journée des dupes à l’Assemblée
Parti pris 26 juin 2026

Corse : journée des dupes à l’Assemblée

L’Assemblée nationale a adopté le projet de loi constitutionnelle pour une Corse autonome au sein de la République. Il s’agissait, nous dit-on, de trancher sur une seule question : autonomie ou pas autonome ? Cette manière de présenter le problème est un leurre.
Par Roger Martelli
« Il n’a pas d’autre choix que de se saisir du sujet » : après le meurtre de Lyhanna, le gouvernement sommé d’agir
Analyse 23 juin 2026 abonné·es

« Il n’a pas d’autre choix que de se saisir du sujet » : après le meurtre de Lyhanna, le gouvernement sommé d’agir

Pour sortir de la crise, Sébastien Lecornu compte bien se nourrir d’une loi intégrale portée, depuis des mois, par plusieurs associations féministes, puis par une coalition transpartisane. Récupération ou prise de conscience ? Ses défenseurs veulent que le gouvernement passe des paroles aux actes.
Par Lucas Sarafian
« On ne gagne pas une élection présidentielle seulement sur les questions internationales »
Entretien 16 juin 2026 abonné·es

« On ne gagne pas une élection présidentielle seulement sur les questions internationales »

L’engagement de certains candidats sur les crises internationales peut-il devenir un atout électoral en 2027 ? Chercheur en science politique, Élie Michel décrypte les limites du poids de l’international dans la présidentielle à venir.
Par William Jean
La résilience, boussole pour le monde à venir
Inégalités 12 juin 2026 abonné·es

La résilience, boussole pour le monde à venir

Alors que les crises sociales, démocratiques et écologiques nourrissent partout le sentiment d’impuissance, des résistances citoyennes dessinent d’autres possibles. Cécile Duflot plaide pour faire de la résilience collective une force politique capable de combattre les inégalités, défendre l’État de droit et redonner espoir face aux replis nationalistes et aux logiques de renoncement.
Par Cécile Duflot