« Tout ce qu’Israël fait aux Palestiniens justifie que j’embarque dans ce bateau »

Issue d’une famille de résistants au nazisme, la militante de 83 ans Isaline Choury a lutté toute sa vie contre le racisme, le fascisme et l’antisémitisme. Dénonçant le suprémacisme blanc et le colonialisme persistant des État occidentaux qui soutiennent Israël, elle se trouve actuellement à bord d’un navire de la Freedom Flotilla Coalition.

Pauline Migevant  • 30 septembre 2025 abonné·es
« Tout ce qu’Israël fait aux Palestiniens justifie que j’embarque dans ce bateau »
"Tout ce qu’Israël impose aux Palestiniens, que ce soit le génocide ou l’apartheid, justifie qu’à mon âge j’embarque dans ce bateau."
© Hicham Rami

Isaline Choury fut enseignante à la faculté de lettres d’Antananarivo (Madagascar) de 1973 à 1981, avant de rejoindre ensuite l’équipe de campagne de François Mitterrand, pour l’élection présidentielle. Elle travaille à la présidence de l’Élysée jusqu’en 1995 avant de rejoindre le ministère des Affaires étrangères. Retraitée en Corse, elle fait des recherches historiques sur la Résistance, dont elle transmet la mémoire au sein de plusieurs associations. Elle se trouve actuellement à bord d’un navire de la Freedom Flotilla Coalition. La veille de son départ, elle a confié à Politis son espoir de briser le blocus illégal imposé par Israël et de créer un corridor humanitaire.

Comment avez-vous vécu l’accusation d’antisémitisme à l’égard des personnes qui dénoncent le génocide en Palestine ?

Isaline Choury : J’ai été scandalisée par ces accusations. La stratégie de communication de Benyamin Netanyahou a très bien fonctionné en Europe auprès de gouvernements qui ont gardé une idéologie colonialiste. C’est pour ça qu’ils ont tant tardé à reconnaître la Palestine. J’ai très mal vécu les accusations d’antisémitisme envers les soutiens à la Palestine car ma tante, la résistante Danielle Casanova, est morte dans le camp de Birkenau.

Avec 230 compagnes résistantes, elle a connu le même sort que les Juifs. Quand j’avais 10 ans, ma grand-mère m’a convoquée dans la pièce interdite de la maison, qu’on appelait « le musée de Danielle Casanova ». Elle m’a raconté non seulement ce qu’avait vécu sa fille, mais aussi le génocide, la torture, le courage des résistants, les camps de concentration. Elle m’a montré les lettres de sa fille. J’en suis sortie titubante, sous le choc, ça m’a marquée à vie.

Comment cette histoire familiale a-t-elle nourri votre engagement ?

J’ai la photo de ma grand-mère accroupie qui ramasse les cendres de déportés, j’ai mes souvenirs d’enfant de personnes sortant des cars en pyjama rayé, j’ai le carnet offert à ma grand-mère avec les signatures des gens qui avaient été déportés dans les camps. Tous disaient : « Plus jamais ça. » Pour moi, ça voulait dire que je devais militer contre le racisme et l’antisémitisme. Pendant la guerre d’Algérie, j’ai compris que ce grand slogan « plus jamais ça », qui devait s’adresser à tous, n’englobait pas les Arabes. Le racisme anti-arabe m’a choquée.

Mon militantisme est pour la défense de tous les droits humains.

À l’âge de 16 ans, j’ai créé un mouvement de lycéens pour la paix en Algérie. Je n’ai jamais cessé de lutter. Aujourd’hui, je suis à la retraite. Mon militantisme est pour la défense de tous les droits humains, pour la justice sociale, la fraternité et contre toutes formes de racisme, contre l’antisémitisme et contre l’islamophobie. À chaque rencontre, à chaque conférence, dans des lycées ou ailleurs, je termine par l’actualité brûlante et je parle de Gaza. Je sais que si Danielle Casanova était là, elle serait sur tous les fronts.

Vous êtes également la fille de Maurice Choury, qui a lancé l’insurrection en Corse contre l’occupation nazie. Sur ce territoire militant, comment s’est concrétisé le soutien à la lutte palestinienne ?

Durant nos rassemblements, nous sommes en direct soit avec des médecins de Gaza, soit avec des poètes. On diffuse leur voix dans des haut-parleurs devant la préfecture. Nous avons envoyé une lettre aux députés corses et à la collectivité territoriale dans laquelle nous exposons les 12 points qu’il faut respecter concernant la Palestine. Nous avons été écoutés. Nous, les Corses, le premier département libéré dix mois avant le continent pendant la Seconde Guerre mondiale, nous avons été la première région à reconnaître symboliquement l’État de Palestine.

Notre collectif a été invité au vote de l’Assemblée corse et nous avons assisté au vote à l’unanimité. Nous étions très contents. Je me rends bien compte que c’est symbolique, car seul un État peut reconnaître un autre État, mais ça a tout de même du poids. J’ai vu, il y a quelques jours, que 86 mairies avaient arboré un drapeau de Palestine. Quand les préfectures leur ont demandé de les enlever, les maires ont dit non.

Tous ces symboles sont importants. Car ça montre que le peuple ne veut

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