Moyen-Orient : pour une lecture globale du conflit

Un tout petit groupe de dirigeants d’extrême droite israéliens entraîne le monde dans une crise planétaire.

Denis Sieffert  • 25 mars 2026
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Moyen-Orient : pour une lecture globale du conflit
Benyamin Netanyahu, lors de la Conférence d'action politique conservatrice (CPAC) qui s'est tenue dans un centre sportif et culturel à Budapest, en Hongrie, le 21 mars 2026.
© Gergely BESENYEI / AFP

Le récit médiatique qui domine en France depuis le début de l’offensive israélo-américaine sur l’Iran, le 28 février, souffre d’un point aveugle. La stratégie globale et probablement historique du gouvernement israélien est rarement interrogée. Il le faudrait pourtant pour comprendre ce qui se joue. Il est à peu près admis que c’est Israël qui a pris l’initiative de cette guerre. Cette évidence fait même débat aux États-Unis, où une opposition républicaine reproche à Donald Trump de mener la guerre au seul profit d’Israël.

Officiellement, Israël ne fait jamais que se défendre. Un concept extensible qui conduit à une « guerre préventive ».

Et c’est un fait, à chaque étape du conflit, l’État hébreu est à la manœuvre. Le 18 mars, l’attaque contre la partie iranienne du site de production de gaz naturel liquéfié de Ras Laffan, cogéré par le Qatar et l’Iran, a été décidée à Tel-Aviv. En représailles, les missiles iraniens ont visé la partie qatarie du site, puis c’est le site nucléaire de Natanz qui a été ciblé, provoquant en retour une riposte sur Dimona, qui abrite le centre nucléaire israélien. Cette dernière réplique iranienne a été d’autant plus commentée que les missiles ont échappé au système de défense israélien et causé d’importants dégâts dans cette ville du Néguev, et un grand nombre de blessés.

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La guerre se mène également sur le front libanais où près d’un million d’habitants ont dû fuir le sud du pays pour échapper aux frappes israéliennes. Là encore, cette offensive particulièrement meurtrière fait l’objet d’analyses divergentes. Il est communément admis que la responsabilité en incombe au Hezbollah, assez irresponsable en effet pour « suicider le Liban », selon la juste formule du quotidien L’Orient-Le Jour. Mais c’est oublier que l’accord de cessez-le-feu signé par Israël et le Hezbollah le 27 novembre 2024 n’a jamais été respecté par le gouvernement Netanyahou.

Comment ne pas apercevoir un fil conducteur dans cette stratégie de la guerre permanente ?

Tant s’en faut, puisque la Force intérimaire des Nations unies a dénombré depuis cette date plus de dix mille violations aériennes sur le Sud-Liban, de bombardements et de tirs d’artillerie. Dans le discours officiel de l’État hébreu, il y a toujours une subtile dialectique entre guerre défensive et guerre offensive. Officiellement, Israël ne fait jamais que se défendre. Un concept extensible qui conduit à une « guerre préventive » sans limite ni considération du droit international. C’est dans cette logique que nous sommes emportés aujourd’hui, au risque de provoquer la plus grave crise économique depuis des décennies, du propre aveu du directeur de l’Agence internationale de l’énergie, Fatih Birol.

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À l’origine, il y a la décision de Donald Trump de déchirer en 2017 l’accord de Vienne ratifié deux ans plus tôt par les cinq membres permanents du Conseil de sécurité des Nations unies, au terme duquel Téhéran s’engageait à accepter un strict contrôle du programme nucléaire en échange d’une levée progressive des sanctions économiques. Un accord qui, rappelons-le, fonctionnait. Or, là encore, cette décision a été fortement inspirée par Benyamin Netanyahou. Comment ne pas apercevoir un fil conducteur dans cette stratégie de la guerre permanente ? Il est vrai que l’attaque du Hamas, le 7 octobre 2023, a été un élément déclencheur. Mais elle a aussitôt été saisie comme une aubaine par l’extrême droite israélienne.

Jusqu’où l’intérêt très particulier d’un petit groupe autour de Netanyahouva-t-il entraîner la planète ?

La vérité est que nous sommes en face d’une stratégie globale. C’est en Cisjordanie qu’il faut en chercher l’explication. Ce qui se passe de pogroms et de massacres dans le territoire palestinien pendant que nous regardons l’Iran n’est pas un épiphénomène. Là encore, le discours médiatique est défaillant. On a coutume de dire que le gouvernement « laisse faire » les colons. Le 22 mars, après une vague de violences qui s’intensifie depuis le début de la guerre d’Iran, le ministre des Finances, Bezalel Smotrich, a clairement affirmé que l’objectif est l’effondrement de l’Autorité palestinienne et « l’annexion complète » de la Cisjordanie.

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Au moment où Donald Trump invente une négociation avec les mollahs qui, sans doute, n’existe pas, mais qui a le mérite de faire refroidir momentanément la fièvre des marchés, ou de gagner du temps pour préparer une offensive terrestre, Netanyahou promet, lui, une intensification des frappes. Il tente même d’intégrer les Européens à sa guerre, en insistant sur la menace des missiles iraniens de longue portée. D’où cette question, alors que l’alibi « humanitaire » de la chute du régime des mollahs a perdu toute crédibilité : jusqu’où l’intérêt très particulier d’un petit groupe autour de Netanyahou, mû par une vision messianique, va-t-il entraîner la planète ?

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