Le Canon français : s’y opposer sans passer pour des trouble-fête, le dilemme à gauche
Les banquets de cette entreprise réunissent des milliers de personnes dans toute la France. Des mobilisations d’élu·es et citoyen·nes de gauche tentent de s’y opposer et de démontrer les relents réactionnaires présents dans ces événements.

© Alex MARTIN / AFP
De grandes tablées enjouées dans d’immenses salles, des voix à l’unisson sur la chanson Le chasseur de Michel Delpech, des assiettes bien garnies de cochon braisé et de pommes grenailles… Les images qui tournent sur les réseaux sociaux des banquets du Canon français collent parfaitement avec le slogan de l’entreprise d’événementiel : « Rendre utile la convivialité. Valoriser le terroir et le patrimoine français. »
Ces banquets géants itinérants, initiés par Pierre-Alexandre Mortemard de Boisse et Géraud du Fayet de la Tour, rassemblent les foules depuis 2021. Mais une nouvelle dimension politique s’y est agrégée en 2024, lorsque Pierre-Édouard Stérin est devenu financeur à 30 % de l’entreprise via le fonds d’investissement Odyssée impact.
Le milliardaire ultra-conservateur et fervent catholique œuvre pour faire triompher une union de l’extrême droite et de la droite libérale conservatrice, grâce à son projet Périclès comme l’a révélé L’Humanité. Les deux dirigeants du Canon français continuent de clamer le caractère apolitique de leurs événements et assurent n’avoir jamais parlé politique avec les investisseurs. Pas question de ternir leur communication basée sur la ripaille « à la française ».
Tournant caennaisEn avril dernier, le banquet de Caen a marqué un tournant dans les consciences et la médiatisation. Un journaliste de France inter a rapporté des propos racistes et des bras tendus qui s'apparentent à des saluts nazis, pendant le banquet, puis dans les rues de la ville. Des violences et des tensions qui ont incité l'agglomération Quimper Bretagne Occidentale, dont la présidente est la maire socialiste de Quimper Isabelle Assih, à refuser la venue du Canon français prévue en décembre prochain. L’édile bretonne est, depuis, victime d’une vague de haine sur les réseaux sociaux et à son domicile. Elle a annoncé déposer plainte pour « cyberharcèlement, menaces et injures à caractère raciste et sexiste ».
Dans le Haut-Rhin, plus de 3 000 personnes sont attendues pour le tout premier banquet du genre, organisé le 30 mai au Parc des expositions.
Depuis, des élu•es ont publiquement demandé l’interdiction de ces événements, et cherchent des voies légales pour y parvenir. Le député écologiste du Morbihan Damien Girard a demandé au ministre de l'Intérieur des interdictions administratives au titre de la préservation de l’ordre public, et attend que les préfets « prennent leurs responsabilités et protègent les élus des territoires ».
Arthur Delaporte, député PS du Calvados, porte la même demande. « Le banquet de Caen vient comme exemple de ce qu’il peut se passer comme trouble à l’ordre public. Et cela a eu lieu ailleurs aussi. Mais pour le moment, ces risques ne sont pas avérés donc les moyens légaux sont limités », reconnaît-il.
Le Canon français
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