Festival de La Ciotat : pourquoi la nomination du successeur de Gérard Darmon continue de poser problème

Si l’acteur a décidé de se retirer de la présidence du jury du festival, il a été remplacé par le réalisateur Jean-Pierre Améris, dont le dernier long-métrage a été jalonné par des accusations de « remarques humiliantes » de l’acteur sur une technicienne.

Hugo Boursier  • 22 mai 2026
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Festival de La Ciotat : pourquoi la nomination du successeur de Gérard Darmon continue de poser problème
Gérard Darmon, en 2021.
© LOIC VENANCE / AFP

Ascenseur émotionnel à La Ciotat. Alors qu’il s’agissait d’un scénario hautement improbable pour certains acteurs culturels et associatifs, 24 heures après les révélations de Politis, Gérard Darmon s’est finalement retiré de la présidence du jury du festival du cinéma qui devait se tenir dans la ville des Bouches-du-Rhône, du 10 au 14 juin prochain. « Quelle victoire ! », s’enthousiasmait la responsable d’une association ciotadenne qui lutte contre les violences intrafamiliales.

Mais d’après un communiqué publié par les organisateurs de l’événement, c’est Jean-Pierre Améris qui a été choisi pour le remplacer. Or dans le dernier film du réalisateur, Aimons-nous vivants (2025) où Gérard Darmon est en tête d’affiche avec Valérie Lemercier, une technicienne s’était plainte d’avoir reçu « plusieurs remarques humiliantes » de la part de l’acteur de 78 ans. Le film devait même clore le festival en présence du réalisateur. Ce sera finalement Marie-Line et son juge (2023), un autre film du réalisateur, mais sans Gérard Darmon, qui sera projeté.

En novembre 2024, Politis révélait les témoignages de neuf femmes accusant Gérard Darmon de violences sexistes et sexuelles. Techniciennes, souvent précaires, elles n’avaient pas porté plainte contre lui, craignant la lenteur de la justice, la victimisation secondaire ou les répercussions directes sur leur carrière. Une seule avait assigné en justice la boîte de production qui l’avait engagée dans un film pour ne pas l’avoir protégée. À l’époque, elle avait 19 ans quand l’acteur fêtait ses 70 ans.

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La technicienne d’Aimons-nous vivants fait partie de ces neuf femmes. « Je lui ai dit que ses “blagues” ne me faisaient pas rire et que ce n’était pas trop dans l’air du temps », se remémorait la technicienne à Politis. Choquée de propos « inappropriés », tenus en loge et sur le plateau, la jeune femme s’était confiée à la référente harcèlement, qui nous avait confirmé l’échange. Une comédienne atteste, elle aussi, que la technicienne subissait « de nombreuses remarques de Gérard Darmon » et qu’il « fallait la protéger ». « Elle était malmenée », avait-elle observé.

Nous sommes indignées par cette nouvelle nomination.

Collective féministe de La Ciotat

Interrogé sur ce choix, la Collective féministe de La Ciotat, qui avait écrit une lettre ouverte au maire et aux partenaires du festival pour qu’ils réagissent, dénonce cette décision. « Nous sommes indignées par cette nouvelle nomination, expliquent ses membres. Une technicienne s’était plainte d’agressions commises par Gérard Darmon sur le tournage d‘Aimons-nous vivants de Jean-Pierre Améris et la production informée de la réputation de l’acteur n’avait pas pris les mesures nécessaires. »

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Dans ce film, comme dans les trois autres longs-métrages sur les six où des femmes s’étaient plaintes du comportement « inadapté » de Gérard Darmon, la production avait mis en garde les personnes les plus en contact avec lui. La technicienne du film affirme avoir été prévenue des « mains baladeuses » de l’acteur et de « faire attention ». « Aucune femme ne devait se trouver seule avec lui », nous avait-elle indiqué, précisant que la production avait été alertée lors du tournage.

Interrogé à l’occasion de cette enquête, Gérard Darmon nie avoir eu une quelconque attitude problématique pendant toute sa carrière artistique. Jean-Pierre Améris, sollicité lui aussi, n’avait pas donné suite à nos messages.

« Responsabilité »

« Le festival de La Ciotat prend acte de la décision de Gérard Darmon de renoncer à la présidence du jury de cette édition afin de préserver la sérénité de la manifestation. Le festival le remercie pour cette décision prise dans un esprit de responsabilité et d’attachement à l’événement », ont déclaré ce vendredi après-midi les organisateurs de l’événement, acculés par une forte pression depuis plusieurs jours.

En plus de notre article, une publication du collectif MeToo Media, très suivi et en lien avec les organisations féministes, avait surgi d’Instagram. « Nous doutons fortement de l’esprit de responsabilité dont se targuent les organisateurs du festival  , réagit, amère, la Collective féministe de La Ciotat, après ce nouveaux choix.

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D’après nos informations, deux membres du jury avaient fait comprendre au programmateur que si Gérard Darmon était maintenu, ils ne participeraient pas à l’événement. Il s’agit de l’actrice et photographe Lola Doillon et du réalisateur et scénariste, Olivier Peyon.

« Si [Yves Alion] change de président pour quelqu’un d’irréprochable dans sa défense pour la lutte contre les violences et harcèlement sexistes et sexuels, alors nous accepterons avec Lola [Doillon] de faire partie du jury de ce festival », expliquait ce dernier dans un mail que nous nous sommes procuré. « Mais s’ils ne changent pas le président, alors nous ne pourrons pas cautionner et refuserons d’y aller », conclut-il. Contacté, Olivier Peyon a finalement décidé de se rendre au festival, confirme-t-il à Politis. Il souligne que « le film de clôture a été changé, et que Gérard Darmon ne sera ni physiquement au festival, ni sur l’écran de projection ».

Le festival remercie Gérard Darmon pour cette décision prise dans un esprit de responsabilité.

Organisateurs

Le maire de La Ciotat, Alexandre Doriol, avait indiqué ne pas vouloir se rendre au festival si Gérard Darmon était le président du jury. Jeudi après-midi, l’édile s’était entretenu avec Guy Anfossi, le président de l’association qui pilote l’événement. Une réunion au cours de laquelle il lui a « conseillé » d’appeler Gérard Darmon « pour lui faire part de la situation afin de faire appel à sa raison ».

Interrogé par La Provence, qui avait révélé le retrait de l’acteur du festival, vendredi matin, Yves Alion, programmateur du festival, a répondu : « Gérard Darmon, sur le fond, se sent agressé. Sur la forme, il reconnaît que la situation s’est envenimée. Et, pour ne pas nuire au festival, à l’Eden, à La Ciotat berceau du cinéma, il se retire avec beaucoup de chagrin. »

Un argumentaire que déplore l’associative ciotadenne qui se réjouissait du départ de l’acteur. « Inverser la culpabilité est une stratégie courante des personnes visées par des témoignages évoquant des faits de violences », pointe-t-elle. Le choix de ce nouveau président n’est pas près de faire retomber la pression.

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