Les menaces de la finance déréglementée
Le shadow banking ou « banque de l’ombre », s’est considérablement développé au point d’avoir un poids aujourd’hui supérieur à celui de la finance réglementée. Il représente un danger majeur pour l’économie et les finances publiques.
dans l’hebdo N° 1914 Acheter ce numéro

L’un des principaux chantiers de la Commission européenne et des autorités françaises est aujourd’hui celui de la déréglementation tous azimuts : agriculture, industrie… Au motif qu’il faut simplifier les règles, supposées être un frein à la croissance et nuire à la compétitivité des entreprises. L’un des domaines où ce processus de déréglementation est le plus important, tout en étant le moins visible, est celui de la finance.
Le discours officiel, soutenu par une large partie de l’échiquier politique, du centre à l’extrême droite, est qu’il faut « libérer » les acteurs financiers afin qu’ils satisfassent sans contraintes les besoins de financements massifs requis par les nouvelles technologies, la défense et la transition écologique.
De leur côté, les acteurs financiers – banques et fonds d’investissement – ont fait preuve depuis longtemps d’une grande capacité d’innovation pour contourner les règles qui encadrent leur activité. Citons ainsi une innovation majeure des banques, la « titrisation », qui a été au cœur de la crise financière de 2007, qui consiste à transformer en « titres » les créances bancaires (crédits) pour les vendre sur les marchés financiers. Ce qui permet aux banques de se « débarrasser » de leurs risques, assujettis à des règles coûteuses, en les transférant à des fonds d’investissement, tels les fonds spéculatifs (hedge funds), qui échappent à la réglementation et à la supervision des autorités.
Ces dernières années, des entreprises telles que Pixmania, Camaïeu, André, Minelli, Naf Naf ou Pataugas ont disparu, rachetées et découpées par ces fonds prédateurs.
Cette finance non réglementée, qualifiée de shadow banking ou « banque de l’ombre », s’est considérablement développée au point d’avoir un poids aujourd’hui supérieur à celui de la finance réglementée. Elle représente un danger majeur pour l’économie et les finances publiques. Il s’agit de fonds prédateurs, aux beaux noms d’Alpha Blue Ocean, Mutares, Apollo, etc., le plus souvent étrangers.
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Ceux-ci financent les start-up de l’IA. Ils contribuent aussi à la désindustrialisation de notre économie par leur logique purement financière et spéculative. Ces dernières années, des entreprises telles que Pixmania, Camaïeu, André, Minelli, Naf Naf ou Pataugas ont ainsi disparu, rachetées et découpées par ces fonds prédateurs.
La menace d’une nouvelle crise globale
L’État est lui-même menacé par cette finance dérégulée : la BCE, qui avait acquis près de 30 % des dettes publiques à la suite de la crise de 2008, a décidé de réduire cette part à 20 %, laissant le champ libre aux fonds spéculatifs pour s’emparer de cette dette. On peut s’attendre à ce que ces derniers contribuent à la déstabilisation de la dette publique par le jeu de leur spéculation, rendant ainsi l’endettement public plus coûteux et moins sûr.
Cette finance déréglementée est à l’origine d’une autre menace, non moins inquiétante : celle d’une nouvelle crise financière globale. Les grandes banques, notamment françaises, sont en effet les principaux financeurs des fonds spéculatifs. Si la bulle actuelle de l’IA venait à exploser, ce qui est probable, ces fonds qui sont fortement impliqués dans le financement de l’IA seraient dans l’incapacité de rembourser les banques créancières.
Ce qui pourrait provoquer un krach bancaire et financier, selon un scénario comparable à celui de 2008 ; mais dont l’ampleur pourrait être plus grande, en raison du poids désormais prépondérant de la finance déréglementée, qui échappe à la surveillance de la Banque centrale et ne peut bénéficier de sa politique de sauvetage.
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