« Les Survivants du Che », de Christophe Dimitri Réveille (Séances spéciales)
La périlleuse cavale de six compagnons d’Ernesto Guevara racontée soixante ans plus tard.

© Photo : Paname
Les Survivants du Che / Christophe Dimitri Réveille / 1 h 37.
Trois hommes âgés ayant suivi Ernesto Guevara, dit « le Che », dans tous ses combats, racontent. Et c’est profondément émouvant. Ils racontent comment, après la mort de leur chef en Bolivie le 9 octobre 1967 où celui-ci menait la guérilla, ils ont rallié Cuba après un périple sur 5 mois de 2 400 kilomètres, avec à leur trousse l’armée bolivienne décidée à les éliminer. Une histoire de fous, dont ils n’auraient jamais dû survivre. Et pourtant…
Le Che, libérateur de Cuba en 1959 avec Fidel Castro, icône des soulèvements des pays du tiers-monde, bien servi par le cinéma, notamment avec le film de Steven Soderbergh, Che, est encore une légende vivante. Mais ses camarades de combat étaient restés jusqu’ici dans l’ombre. Ce n’est plus le cas désormais avec Les Survivants du Che (2008), premier long métrage de Christophe Dimitri Réveille, sur les six compañeros qui, n’étant pas tombés aux côtés de leur chef, ont fait le serment d’en perpétuer la mémoire et de rejoindre Cuba pour continuer la lutte.
Le cinéaste a mis 20 ans pour réaliser son film (l’histoire de son élaboration est aussi un feuilleton à rebondissements), qui a finalement trouvé sa forme avec trois registres d’images : des archives, qui donnent les éléments pédagogiques permettant aux spectateurs, même les plus néophytes sur ce point d’histoire, d’en connaître le contexte ; de l’animation, qui met en scène les épisodes de la miraculeuse cavale des survivants ; enfin des entretiens avec trois d’entre eux, Benigno, Pombo et Urbano, et quelques autres personnages dont Régis Debray, agent de liaison qui connut alors les geôles de la dictature bolivienne, ainsi que, du camp d’en face, des responsables de l’armée et un membre de la CIA.
Épreuves humaines
La façon dont chaque fois ces hommes s’en sont sorti forme un véritable film d’aventure – un survival, comme on dit. Cela tient à chaque fois à leur expérience, à leur intelligence de la situation et à la chance. À six, ils ont dû faire face à des centaines de soldats, qui avaient été entraînés par des bérets verts états-uniens, lors de nombreux accrochages. Ils ont dû aussi repousser les limites de leur résistance physique, notamment lors de la traversée de l’Altiplano. Les épreuves humaines n’ont pas manqué. La plus poignante est survenue quand l’un des leurs, El Ñato, a été grièvement blessé et qu’en accord avec la promesse qu’ils s’étaient faite, il leur a demandé de le tuer.
Voir ces hommes sur le point de disparaître, toujours fidèles à la lutte pour un monde meilleur qui les a constitués, est éminemment émouvant.
Bien sûr, il y a de la politique dans Les Survivants du Che. Le film évoque notamment la conférence tricontinentale à Cuba de 1966, « le plus grand rassemblement d’organisations révolutionnaires qui ait jamais eu lieu », dit la voix off de Vincent Lindon, qui assure sobrement le commentaire. On apprend aussi incidemment que c’est la France, par décision du général de Gaulle, qui, en mars 1968, devant le refus de l’URSS, a effectué le rapatriement des ex-compagnons du Che du Chili vers Cuba, avec le soutien d’Allende.
Mais ce qui l’emporte, Pombo l’exprime en quelques mots : « Je crois que les concepts ne sont pas importants, ou les noms qu’on leur donne : socialisme, communisme, capitalisme. L’important, c’est leur contenu, c’est l’humain, ce qui est juste. » Et de voir ces hommes sur le point de disparaître, toujours fidèles à la lutte pour un monde meilleur qui les a constitués, est éminemment émouvant. Fort heureusement, le film de Christophe Dimitri Réveille n’a pas valeur de mausolée, mais constitue le lieu de leur mémoire vivante.
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