Poutine, Netanyahou, Trump : deux criminels de guerre et un idiot utile
Les chefs d’État sanguinaires russe et israélien tout comme le président américain sont englués dans des conflits qui ne font des perdants.
dans l’hebdo N° 1914 Acheter ce numéro

© Kirill KUDRYAVTSEV / AFP
Une petite musique insistante nous dit que Vladimir Poutine serait mal en point. Il ne s’agit pas tant de l’homme que de ce qu’il incarne : la volonté de puissance et un impérialisme revanchard. Il ne lui est plus possible, en effet, de nier la guerre, ce mot longtemps interdit. L’ennemi rend coup pour coup. Sur le plan militaire, l’Ukraine reprend du terrain. Même les apparences ne peuvent plus être sauvées.
Le plus grave pour Poutine est cette faiblesse qu’il est obligé de laisser paraître : un défilé du 9 mai réduit à sa plus simple expression ; point de missiles ni d’avions de combat sur la place Rouge, peu d’invités étrangers, sauf quelques dictateurs comme le représentant nord-coréen et les autocrates habituels de l’Asie centrale. Sur la tribune, des fidèles, rien que des fidèles. Avec ce terrible soupçon : un Brutus se cache-t-il parmi eux ?
Car ce n’est pas le peuple que craint Poutine, mais ses plus proches « amis », qu’il a isolés de l’Occident qui les enrichissait à milliards. La paranoïa stalinienne est décidément une maladie contagieuse.
Quelques mots ont frappé les observateurs dans la conférence de presse d’après-défilé : « Je pense que cela [la guerre] touche à sa fin », a-t-il glissé, presque inopinément. Il faut bien sûr se garder de surinterpréter la parole d’un autocrate qui tente de rendre espoir aux élites qui l’ont jusqu’ici soutenu. Mais tous ces aveux de faiblesse sonnent comme un premier bilan de cette guerre. Quelle qu’en soit l’issue, après 350 000 morts russes, c’est une défaite de Poutine (1).
Chiffre publié le 9 mai par les médias russes en exil Meduza et Mediazona, et probablement sous-évalués.
Le parallèle peut être dressé avec Donald Trump. L’homme qui promettait à son pays une simple « excursion » en Iran est englué dans une guerre qui coûte cher à ses compatriotes et qui a déclenché « une crise sans précédent », du propre aveu de son ami, le PDG de l’Aramco, le géant pétrolier saoudien.
Là encore, les rodomontades ne peuvent plus cacher la réalité d’un désastre que Trump risque de payer dans les urnes au mois de novembre. Sans compter qu’il apparaît comme l’idiot utile d’un conflit qu’il n’a pas voulu.
Deux guerres, deux défaites majeures des puissants de ce monde. Si au moins ces défaites étaient compensées par des victoires des peuples ! Mais le peuple iranien est livré à un régime aux abois. Et combien de temps faudra-t-il aux Ukrainiens pour se remettre des destructions, sans compter les morts, les séquelles psychologiques, les enfants enlevés, les haines tenaces dans les régions frontalières aux cultures imbriquées ? C’est le trait dominant des guerres d’aujourd’hui : elles ne font que des perdants.
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Mais notre triumvirat de l’horreur compte un troisième homme : Benyamin Netanyahou, qui, pour l’heure, ne connaît pas d’entrave. Il a anéanti Gaza sans autre inconvénient que l’image de paria qui colle désormais à son pays, et dont il n’a que faire. Il bombarde sans retenue le Liban, rase des villages, repousse toujours un peu plus au nord les limites de son extension territoriale. Il organise ou encourage les raids sanglants de colons voyous contre les Palestiniens de Cisjordanie, comme en contrebande d’un projet d’annexion qui ne cache même plus son nom.
Il a toujours le soutien de son peuple et, quand il ne l’a plus, ce n’est pas en raison de ses crimes, mais pour sa réputation bien établie de corrompu. S’il est battu aux élections du mois d’octobre, ce sera pour être remplacé par deux personnages, Naftali Bennett et Yaïr Lapid, qui promettent de poursuivre sa politique coloniale. Nul ne peut l’ignorer : seules des sanctions au moins égales à celles qui ont affaibli Poutine pourraient stopper ses avancées.
« Voilà, c’est fait ! », s’est exclamé triomphalement Jean-Noël Barrot, le 11 mai. Mais qu’est-ce qui est fait ? Les naïfs ont pu croire qu’on y était lorsqu’on a entendu notre ministre des Affaires étrangères annoncer que sept colons extrémistes et leurs organisations sont visés par un gel de leurs avoirs dans l’UE et sont interdits de séjour dans l’espace européen.
Or, la mesure est non seulement ridiculement inefficace, mais elle est hypocrite. Jean-Noël Barrot feint de croire que ces colons voyous sont des délinquants isolés aux yeux des dirigeants israéliens, alors qu’ils jouissent d’une totale impunité et qu’ils sont les petits soldats de deux ministres du gouvernement qui les assurent du soutien de l’armée.
Tout au plus, ce pourrait être un coup de semonce avant la rupture de l’accord d’association entre l’UE et Israël. Ce n’est manifestement pas à l’ordre du jour. On entend bien que les Européens ne sont pas tous d’accord. Mais quel est le point de vue de la France ?
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