«Il faut s’attaquer aux 35h et aux charges sociales»

L’UMP mobilise ses adhérents pour faire passer le message des bienfaits de la baisse du coût du travail, de la flexibilité de l’emploi et de la hausse de la TVA.

Xavier Frison  • 8 février 2012
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«Il faut s’attaquer aux 35h et aux charges sociales»
© Photo : http://www.u-m-p.org/

Illustration - «Il faut s'attaquer aux 35h et aux charges sociales»

On ne pourra pas dire que le parti présidentiel ne fait pas le maximum pour vanter les bienfaits de la TVA sociale jusque dans ses propres rangs. Meetings en régions, omniprésence des ministres dans les médias et réunions thématiques au siège de l’UMP, tout est bon pour faire de la « pédagogie » . Ce mercredi 8 février au matin, les plus fervents partisans du détricotage du droit du travail étaient sur l’estrade, au QG flambant neuf du parti, dans le XVe arrondissement de Paris. Au-dessus des têtes de Xavier Bertrand, Hervé Novelli, Christian Estrosi, Jean-François Copé ou Charles Beigbeder, le slogan du jour : « Lutter contre les délocalisations pour protéger nos emplois et réindustrialiser la France » . « Il faut lâcher les baskets des entrepreneurs et leur faciliter la vie, résume joliment le ministre du Travail Xavier Bertrand devant 300 adhérents et militants, dont de nombreux entrepreneurs.  Et assouplir le carcan administratif qui existe aujourd’hui » . « Il faut s’attaquer aux 35 heures et aux charges sociales », renchérit Hervé Novelli, secrétaire général de l’UMP. Un peu plus tôt, Christian Estrosi dressait la liste de quelques réformes phares du quinquennat sarkozyste et exhortait l’assistance à soutenir le futur candidat :  « Défendez ce bilan ! C’est une réalité ! Bayrou et Le Pen, ils ne savent pas de quoi ils parlent, ces gugus » .

« Dites autour de vous que [le transfert des cotisations sociales vers la TVA] nous rendra plus compétitifs sur le coût du travail , continuait le député-maire de Nice. Et dites partout que ce n’est pas une hausse de la TVA qui va toucher les Français les plus pauvres car elle ne concerne pas les produits de première nécessité. En revanche cela va affecter les produits chinois et coréens qui paieront une part de notre protection sociale. Et en parallèle, nos produits seront moins chers » . Un rien alambiquée et simpliste, la démonstration fait mouche auprès d’un auditoire que les poids lourds de l’UMP espère transformer en relais d’opinion : «  C’est cette bataille de la pédagogie que je vous demande de mener, martèle Xavier Bertrand. Cela ne se fera pas seulement à la télé ou sur Internet, ce sera aussi une question de bouche-à-oreille. »  

Comme un argumentaire UMP sur la compétitivité sans convoquer l’Allemagne ne serait pas un bon argumentaire, voici le témoin en chair et en os. Wolfgang Ebbecke, patron des outillages Stihl en France, évoque donc l’eldorado tant vanté par Nicolas Sarkozy et ses troupes. Avec, d’emblée, un petit bémol à la partition idyllique jouée par le très libéral Hervé Novelli quelques minutes auparavant : « La hausse de la TVA en Allemagne a quand même entraîné une hausse des prix » . Et Herr Ebbecke d’enchaîner rapidement sur un avantage majeur dont bénéficie l’Allemagne depuis quelques années, la flexibilité du travail. « C’est très important. On est parvenu à cette flexibilité en obligeant les chômeurs à accepter un emploi, au risque, en cas de refus, de couper leurs subventions. Couplée à une évolution modérée des salaires » et à un excellent niveau de « dialogue social », le dispositif est présenté comme une « réussite » par l’entrepreneur allemand. Conquise, l’assistance n’en pense pas moins.

Politique
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