Échec de la Conférence sur la biodiversité: le triste exemple des oiseaux en Europe

La nature et ses 61 000 espèces répertoriées par les scientifiques n’intéressent plus que ceux qui pensent pouvoir la vendre.

Claude-Marie Vadrot  • 26 octobre 2012
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Échec de la Conférence sur la biodiversité: le triste exemple des oiseaux en Europe
© Photo : AFP / NOAH SEELAM

La onzième conférence mondiale sur la biodiversité réunie en Inde à Hyderabad s’est achevée le 19 octobre dans une atmosphère morose. Comme au cours de la précédente réunion au Japon en 2010, les 180 pays représentés n’ont fait que rivaliser de lyrisme et de promesses sur l’urgence constatée de sauver cette biodiversité de l’effondrement annoncé du nombre d’espèces pour de flore et de faune. Celui-ci se poursuit inexorablement sur l’ensemble de la planète depuis le début des années 1960.

Les objectifs de la Convention internationale sur la biodiversité adoptée à l’unanimité lors de la conférence de Rio en 1992 n’ont jamais été approchés ; et au cours de la Conférence Rio + 20 en juin dernier, le mot nature a très rarement été prononcé par les représentants des États ; sinon pour se demander quels profits pourraient être tirés, par le biais de « l’économie verte », de ce qui reste de la biodiversité


Lire à ce sujet, le hors série de Politis N° 57 qui vient de paraître sous le titre « Economie verte, la nature à vendre ».


La réunion de 12 jours qui s’est tenue en Inde n’a même pas réussi à dégager les sommes nécessaires au sauvetage de milliers d’espèces menacées de disparition sur tous les continents. Alors que les estimations les plus raisonnables ont fixé les engagements financiers indispensables à 80 ou 100 milliards d’euros par an : soit 10% du budget militaire des États-Unis, qui n’ont jamais signé le moindre accord international sur la biodiversité.

Convention sur la biodiversité, Hyderabad, l19 octobre 2012. - NOAH SEELAM / AFP

Les participants n’ont pas non plus imaginé ou annoncé une seule des mesures susceptibles d’enrayer l’érosion de plus en plus rapide de la richesse naturelle indispensable à la survie de la planète. Pourtant, on connaît les initiatives propres à inverser la tendance : freiner les déforestations, revoir les pratiques agricoles et mettre un terme aux trafics de plantes et d’animaux sauvages qui génèrent une chiffre d’affaires de plusieurs milliards d’euros chaque année. Il aurait aussi fallu que les participants à la conférence remettent en cause les monocultures qui appauvrissent les écosystèmes ou impulsent une diminution rapide les épandages massifs de pesticides.

300 millions d’oiseaux ont disparu en 30 ans

L’exemple du sort des oiseaux en Europe est à cet égard révélateur, car ces espèces constituent un excellent indicateur de la baisse de la biodiversité. L’étude de Bird Life International et du Conseil européen pour le recensement des oiseaux qui a été publiée au cours de l’été dernier, passée inaperçue, montre qu’au cours des 30 dernières années 300 millions d’oiseaux ont disparu des espaces agricoles. Ce chiffre énorme n’a ému personne. Le recours systématique à des pesticides de plus en plus puissants en est la cause principale. Aggravé par la disparition des haies ou la monoculture colonisant des milliers d’hectares d’où ont disparu la majeure partie des insectes et des graines utiles aux oiseaux.

Toutes les discussions qui se déroulent à Bruxelles autour de la nouvelle Politique agricole commune, permettent de craindre une poursuite de l’hécatombe plus particulièrement constatée pour 37 espèces régulièrement suivies. Les efforts des associations spécialisées, notamment en France la Ligue pour le protection des oiseaux, n’ont pas permis d’empêcher un déclin de 52 % des oiseaux depuis 1980 dans les 23 pays de référence où s’est déroulée l’enquête. Traduit en espèces, cela signifie par exemple que 39 millions d’alouettes ont disparu de l’Union européenne. Tout comme 40 millions de moineaux friquets, 21 millions de bruants jaunes ou encore 2 millions de vanneaux huppés.

Rien dans les premières esquisses de la future PAC ne permet d’espérer que le sort des oiseaux d’Europe, de nombreux mammifères et de plantes sauvages précieuses, va s’améliorer au cours des prochaines années. Les achats de terre et le lobbying des firmes agro-alimentaires continueront à produire les mêmes effets pour le reste de la planète. Au-delà de quelques efforts spectaculaires pour sauver des espèces emblématiques comme les tigres, les rhinocéros, les orangs-outans ou les gorilles dont il ne reste pas plus de 700 individus aux confins du Congo et du Rwanda. Ils figurent tous sur la liste des animaux menacés de disparition, liste sur laquelle l’Union Internationale pour la Conservation de la Nature (UICN) a inscrit plus de 400 nouvelles espèces depuis le début de l’année 2012. On y trouve déjà une dizaine de milliers de noms…

Main basse des multinationales

Les participants à la Conférence organisée en Inde, qui se sont donnés rendez-vous en 2020, ne semblent pas avoir prêté plus d’attention à une autre constatation de l’UICN : 25 % des mammifères, 40 % des amphibiens et 15 % des oiseaux de la planète sont menacés d’une extinction rapide. Réalité qui n’émeut pas plus les politiques que les opinions publiques sans qu’il soit possible d’en faire responsabilité à la crise économique comme le montre l’exemple des oiseaux d’Europe qui ont commencé à disparaître bien avant cette crise.

En fait, les discussions de Hyderabad l’ont montré : la biodiversité n’intéresse les politiques que lorsqu’elle peut être montrée, donc vendue, à des touristes. Mais comme il est difficile de les attirer en leur faisant visiter des plantes, leur disparition est encore plus rapide que pour la faune. Sauf quand les multinationales font main basse dessus pour en breveter les principes actifs pour les vendre…

Écologie
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