Ordonnances : les syndicats inquiets

Les organisations de salariés sont au moins reservées, sinon très remontées, contre le contenu des textes modifiant le droit du travail présenté ce matin.

Vincent Richard  • 31 août 2017
Partager :
Ordonnances : les syndicats inquiets
© Photo : ALAIN JOCARD / AFP

Les représentants des organisations syndicales et patronales représentatives se sont exprimées dès la sortie de la rencontre multilatérale qui s’est tenue ce matin, avant le dévoilement du contenu des ordonnances réformant le Code du travail.

Philippe Martinez, pour la CGT, a réagi vivement : « Toutes les craintes que nous avions se sont confirmées. » Il a donné en exemple la possibilité qui sera accordée aux entreprises de négocier les primes d’ancienneté – qui constituent parfois « une partie importante du salaire mensuel » –, ainsi que « la fin du contrat de travail », puisque les salariés pourraient désormais être licenciés en cas de refus d’accepter un accord d’entreprise. Il a regretté qu’aucune évaluation de l’efficacité des précédentes réformes du droit du travail n’ait été effectuée. Il a enfin appelé l’ensemble des « travailleurs, retraités et jeunes » à participer à la journée d’action du 12 septembre, « plus que jamais d’actualité ».

Même Laurent Berger, pour la CFDT, syndicat plus conciliant, a dit ressentir une « profonde déception » devant l’échec à « moderniser les relations sociales et à faire du dialogue social un élément de gouvernance dans les entreprise ». Il s’est aussi dit inquiet de la possibilité donnée aux employeurs des entreprises de moins de 20 salariés de prendre « quasiment » des décisions unilatérales sur la modification des règles de travail. Enfin, il s’est interrogé sur les moyens alloués aux représentants du personnel dans le cadre de l’instance unique au sein de laquelle les différentes institutions représentatives seront fusionnées.

Pour Jean-Claude Mailly, de Force ouvrière, qui a adopté une attitude peu offensive depuis le début de la concertation, et qui a d’ores et déjà renoncé à manifester aux côtés de la CGT, « tout n’est pas parfait, loin s’en faut ». Il s’est néanmoins félicité d’avoir « fait son travail syndical » de négociation, sans lequel les ordonnances, selon lui, auraient été pires. Il s’est dit opposé au principe de la négociation directe dans les entreprises de moins de 20 salariés, ainsi que sur le « droit à l’erreur » dans la mesure où l’on peut craindre à ce qu’il ne touche pas seulement à la forme mais aussi aux « motivations du licenciement ». Par ailleurs, il s’est lui aussi interrogé sur les moyens de l’instance unique du personnel.

À lire aussi >> Jean-Claude Mailly : « FO ne participera pas aux manifestations du 12 septembre »

Côté patronal, François Asselin pour la CPME (représentant les patrons les petites et moyennes entreprises) s’est en revanche dit globalement satisfait, saluant une réforme « particulièrement pragmatique ». Il s’est félicité notamment de la barèmisation des dommages et intérêts en cas de licenciement abusif.

À lire aussi :

Ordonnances : attaque contre les protections des salariés et les syndicats

Une régression d’ampleur au bénéfice du seul patronat

La France insoumise appelle à « une réaction à la hauteur de l’agression »

Soutenez Politis, faites un don.

Chaque jour, Politis donne une voix à celles et ceux qui ne l’ont pas, pour favoriser des prises de conscience politiques et le débat d’idées, par ses enquêtes, reportages et analyses. Parce que chez Politis, on pense que l’émancipation de chacun·e et la vitalité de notre démocratie dépendent (aussi) d’une information libre et indépendante.

Faire Un Don

Pour aller plus loin…

À gauche, le casse-tête de la candidature
Gauche 13 mai 2026

À gauche, le casse-tête de la candidature

À gauche, la désignation présidentielle est devenue un piège autant qu’une nécessité. Derrière les appels à l’union persistent des fractures stratégiques et idéologiques. Tour d’horizon des options.
Par Pierre Jacquemain
Gauche : le piège du RN
Analyse 13 mai 2026 abonné·es

Gauche : le piège du RN

La possibilité d’une arrivée de l’extrême droite au pouvoir ne relève plus de la fiction politique. Face à une société fracturée, la gauche peine à retrouver un récit commun et une stratégie de conquête capables d’incarner une alternative majoritaire.
Par Pierre Jacquemain
2027 : la gauche et les écologistes en ordre dispersé
Analyse 13 mai 2026 abonné·es

2027 : la gauche et les écologistes en ordre dispersé

Fragmentée par ses contradictions sur l’immigration, les questions identitaires, l’écologie et l’international, la gauche française apparaît prisonnière d’un désordre qui dépasse largement ses querelles d’appareil. Elle peine à reconstruire un récit commun capable de répondre à la peur du déclassement comme aux défis démocratiques et climatiques.
Par Denis Sieffert
Bally Bagayoko : « La campagne présidentielle doit partir de Saint-Denis : c’est une évidence »
Entretien 13 mai 2026 abonné·es

Bally Bagayoko : « La campagne présidentielle doit partir de Saint-Denis : c’est une évidence »

Le maire de Saint-Denis, élu au premier tour des dernières municipales, figure montante de La France insoumise, revient sur les orientations qu’il souhaite donner à son mandat : répondre aux urgences quotidiennes et donner la priorité à la jeunesse. L’édile dyonisien place la mobilisation des quartiers populaires au cœur de la stratégie insoumise. 
Par Kamélia Ouaïssa et Alix Garcia