En Afghanistan, la France trahit ses auxiliaires

Dans une BD remarquable, deux journalistes et un illustrateur reviennent sur un scandale peu connu : l’abandon à la terreur talibane de traducteurs ayant aidé l’armée française.

Romain Haillard  • 18 mars 2020 abonné·es
En Afghanistan, la France trahit ses auxiliaires
© Quentin Müller, Brice Andlauer

Certains se battent pour ne pas sombrer dans l’oubli. Abdul Razeq, Shekib et Orya, tous les trois traducteurs pour l’armée française en Afghanistan, ont dû lutter pour échapper à une vie rythmée par les menaces de mort. Leur parcours se déroule dans la bande dessinée Traducteurs afghans, une trahison française, de Brice Andlauer et Quentin Müller, journalistes indépendants, et Pierre Thyss, illustrateur.

Engagée en Afghanistan depuis 2001 jusqu’à son retrait en 2014, la France a embauché près de 800 auxiliaires locaux pour l’épauler dans ses missions. Ces hommes – le plus souvent motivés par l’espoir de retrouver un pays libéré de l’emprise des talibans – ont été déclarés « traîtres » par les insurgés. Depuis, ces tarjuman (« traducteurs » en langue dari) reçoivent des menaces contre eux et leur famille. Et parfois celles-ci se concrétisent : dynamitage de leur maison, blessures par balles, assassinats.

Deux cent cinquante tarjuman ont obtenu la protection du pays des droits de l’homme après trois voyages de rapatriement (1) et des processus de sélection opaques, voire arbitraires. Si Abdul Razek, Orya et Shekib ont trouvé refuge en France, leur parcours donne à voir l’injustice vécue par les traducteurs restés en Afghanistan, tous dans l’attente d’obtenir un visa et de vivre enfin en sécurité. Si la bande dessinée donne les clés historiques de ce scandale d’État, elle trouve un écho dans le présent. L’horizon ne semble pas s’éclaircir en Afghanistan, où, malgré la signature d’un accord de paix le 29 février, les combats entre forces afghanes et talibans perdurent.

La première chose qui frappe à la lecture de la bande dessinée, ce sont les personnages, presque enfantins avec leurs formes rondes…

Pierre Thyss (illustrateur) :Je dessine seulement ce dont j’ai besoin. Certains

Envie de terminer cet article ? Nous vous l’offrons !

Il vous suffit de vous inscrire à notre newsletter quotidienne :

Vous préférez nous soutenir directement ?
Déjà abonné ?
(mot de passe oublié ?)
Monde
Temps de lecture : 9 minutes
#BD

Pour aller plus loin…

Au Mozambique, TotalEnergies en fer de lance de l’extractivisme néocolonial
Écologie 29 mai 2026 abonné·es

Au Mozambique, TotalEnergies en fer de lance de l’extractivisme néocolonial

Après cinq années d’interruption, la firme française relance le chantier d’un mégaprojet gazier dans ce pays est-africain. Outre ses dévastations sociales et écologiques, ce dernier a mis sous tutelle un des États les plus pauvres du monde par une des multinationales les plus riches.
Par Martin Eteve
Soutenir ou partir : à Moscou, une jeunesse sous contrôle
Reportage 27 mai 2026 abonné·es

Soutenir ou partir : à Moscou, une jeunesse sous contrôle

Un samedi soir à Moscou, des jeunes se confient sur leur envie de quitter le pays et sa « fucking corruption », la peur d’être mobilisés au front, et le contournement des blocages d’internet. D’autres affichent leur fierté d’être russes.
Par Pauline Mussche et Fiora Garenzi
En Crimée annexée, la guerre non dite a bien lieu au quotidien
Reportage 27 mai 2026 abonné·es

En Crimée annexée, la guerre non dite a bien lieu au quotidien

Le territoire illégalement annexé par la Russie en 2014 est rattrapé par le conflit. Malgré un discours officiel prétendant que les civils conservent une « vie paisible », la population souffre d’une situation qui s’éternise, faite d’angoisse et de morts passées sous silence.
Par Pauline Mussche et Fiora Garenzi
En Crimée, « aujourd’hui, même ceux qui se taisent sont réprimés »
Entretien 27 mai 2026 abonné·es

En Crimée, « aujourd’hui, même ceux qui se taisent sont réprimés »

En Crimée annexée, des défenseurs des droits humains continuent de travailler malgré le harcèlement des autorités. Sous couvert d’anonymat, l’un des défenseurs de la minorité tatare a accepté de témoigner.
Par Pauline Mussche et Fiora Garenzi