« Le quotidien des femmes de chambre doit être un sujet de débat dans la société »

Les employées de l’Ibis Batignolles ont lutté près de deux ans pour obtenir de meilleures conditions de travail. Les explications de Tiziri Kandi, syndicaliste, et Rachel Kéké, gouvernante de l’hôtel.

Olivier Doubre  et  Vanina Delmas  • 21 juillet 2021 abonné·es
« Le quotidien des femmes de chambre doit être un sujet de débat dans la société »
© Noémie Coissac / Hans Lucas / Hans Lucas via AFP

Une montre bleue a remplacé l’attelle au poignet de Rachel Kéké. « Maintenant, quand c’est l’heure, tu pars ! », s’exclame cette gouvernante de l’Ibis Batignolles, devenue l’une des porte-parole de la lutte des femmes de chambre. Le 25 mai, après vingt-deux mois de bataille, dont huit de grève, les combattantes de cet hôtel trois étoiles parisien ont obtenu de belles avancées face au puissant groupe Accor : augmentation des salaires, prime de panier de 7,30 euros par jour, annulation des mutations des salariées malades, baisse des cadences…

« Elles luttent en tant que femmes immigrées, racisées, ouvrières et invisibilisées. C’est un reflet de notre société », résume Tiziri Kandi, animatrice syndicale CGT-HPE (Hôtels de prestige et économiques) qui les accompagne depuis le début. Autrice d’un mémoire sur une mobilisation semblable en 2012 à Suresnes (1), elle dénonce inlassablement le système de la sous-traitance, qui maltraite les corps de ces femmes. Quant à Rachel Kéké, ses quinze années d’expérience comme femme de chambre et deux comme gouvernante, depuis son arrivée de Côte d’Ivoire, sont précieuses pour décrire la machine à broyer en place dans le secteur hôtelier. Une guerre des corps s’est engagée, et ceux des femmes de l’ombre ont remporté une première victoire bien méritée.

Quel a été le déclic pour engager cette lutte en juillet 2019 ?

Rachel Kéké : La société STN [à qui Accor sous-traite l’entretien des chambres de l’Ibis Batignolles – NDLR] a voulu muter treize -collègues malades dans un autre hôtel, sans leur donner de poste adapté à leur état de santé. Les cadences imposées aux femmes de chambre sont très dures. À force de répéter les mêmes gestes à longueur de journée, nous

Envie de terminer cet article ? Nous vous l’offrons !

Il vous suffit de vous inscrire à notre newsletter quotidienne :

Vous préférez nous soutenir directement ?
Déjà abonné ?
(mot de passe oublié ?)
Société Travail
Publié dans le dossier
Nos corps en bataille
Temps de lecture : 10 minutes

Pour aller plus loin…

Festival de La Ciotat : pourquoi la nomination du successeur de Gérard Darmon continue de poser problème
Cinéma 22 mai 2026

Festival de La Ciotat : pourquoi la nomination du successeur de Gérard Darmon continue de poser problème

Si l’acteur a décidé de se retirer de la présidence du jury du festival, il a été remplacé par le réalisateur Jean-Pierre Améris, dont le dernier long-métrage a été jalonné par des accusations de « remarques humiliantes » de l’acteur sur une technicienne.
Par Hugo Boursier
Data centers : à qui profite vraiment la « souveraineté numérique » ?
Analyse 22 mai 2026 abonné·es

Data centers : à qui profite vraiment la « souveraineté numérique » ?

Brandi comme un étendard par le gouvernement et les géants du numérique, le concept consensuel de « souveraineté numérique » masque une réalité moins flatteuse : l’emprise de la Big Tech américaine et des fonds étrangers sur le numérique français et européen.
Par Thomas Lefèvre
Coallia maltraite des résidents du centre d’hébergement d’urgence GL Event Center à Paris
Sans-papiers 21 mai 2026 abonné·es

Coallia maltraite des résidents du centre d’hébergement d’urgence GL Event Center à Paris

Depuis l’annonce par la préfecture de région de la fermeture du plus grand centre d’hébergement d’urgence francilien, son opérateur tente de le vider par tous les moyens. Les résidents témoignent de harcèlement et de maltraitances qui durent depuis plusieurs semaines.
Par Martin Eteve
Visé par des accusations de violences sexuelles, Gérard Darmon est choisi pour présider le festival de cinéma de La Ciotat
Enquête 21 mai 2026

Visé par des accusations de violences sexuelles, Gérard Darmon est choisi pour présider le festival de cinéma de La Ciotat

Politis avait révélé le témoignage de neuf femmes décrivant un comportement « prédateur » de l’acteur, qui avait nié les faits dans un torrent de menaces et d’insultes. À La Ciotat, le choix de cette présidence choque, sauf son programmateur.
Par Hugo Boursier