Les trésors endormis de la Sicile

Terre de la mafia, l’île regroupe quasiment 40 % des biens confisqués à la criminalité organisée. Des ressources qui tardent à être restituées à la collectivité malgré un potentiel avéré.

Victor Le Boisselier  • 20 juillet 2022 abonné·es
Les trésors endormis de la Sicile
Le Pizzo Sella Art Village, « une action illégale, dans un lieu qui est lui-même illégal »…
© Victor Le Boisselier

À Palerme, Terra Franca n’était pas destiné à être un terrain de permaculture, où mûrissent des tomates cerises et où bourdonnent des abeilles. À la place des ruches et des serres auraient dû être érigées huit maisons, construites abusivement par une famille mafieuse. La justice a finalement saisi le terrain puis l’a confisqué définitivement. Après de longues années d’abandon, l’ONG Human Rights Youth Organization (HRYO) l’exploite depuis 2019. Dans le quartier marginalisé de Cruillas, cerné d’un côté par les montagnes, de l’autre par l’autoroute, HRYO « a voulu créer un écrin de verdure, un lieu où l’on -pouvait respirer », décrit Antonella Folgheretti, l’une de ses membres. Les enfants de l’école -voisine viennent mener des activités autour des abeilles, les habitants du quartier sont invités à venir cultiver le lieu. Un skatepark et un amphithéâtre à ciel ouvert devraient également être construits.

Alors que la Sicile et l’Italie commémorent cette année les trente ans des assassinats des juges antimafia Giovanni Falcone et Paolo Borsellino, les lieux comme Terra Franca revêtent une importance symbolique particulière : celui de la présence de Cosa Nostra mais aussi de la lutte contre l’organisation. Redonner à la collectivité « le mal ôté à la mafia » est devenu courant en Italie. Depuis 1982 et la loi Rognoni-La Torre, la justice peut s’attaquer directement au patrimoine de la criminalité organisée. En 1996, une mobilisation populaire autour de l’association Libera entraîne le renforcement de la loi. Les biens confisqués à la mafia peuvent alors être réutilisés socialement. En plus d’être reconvertis en commissariats, écoles ou bureaux administratifs, ils peuvent être gérés par des coopératives ou des associations. En tout, 40 000 biens immobiliers ont été confisqués au crime

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