Conclave : comment le Medef a planté les négociations

Invitée à négocier alors qu’elle ne le voulait pas, la puissante organisation patronale a tout mis en œuvre, depuis des mois, pour faire échouer le conclave sur les retraites. Ce mardi, François Bayrou va tenter de les faire changer d’avis. À quel prix ?

Pierre Jequier-Zalc  • 24 juin 2025 abonné·es
Conclave : comment le Medef a planté les négociations
Le président du Medef, Patrick Martin, arrive avant une réunion avec le Premier ministre français à l'hôtel de Matignon à Paris le 24 juin 2025, suite à l'échec de la conférence sur les retraites.
© ALAIN JOCARD / AFP

Lundi 23 juin. 14 h 30. L’ultime réunion du conclave sur les retraites, commencé il y a un peu plus de quatre mois, doit démarrer dans trente minutes. Soudain, devant le bâtiment abritant les discussions, arrivent Patrick Martin, numéro 1 du Medef et Amir Reza-Tofighi, président de la CPME. Aucun des deux leaders patronaux n’était attendu. Ils ne sont pas les négociateurs attitrés de leur organisation. Mais, ils ont décidé de convier les médias, à l’improviste, pour tenir une conférence de presse sauvage. Sans en informer les trois organisations syndicales restantes (CFDT, CFTC, CFE-CGC) qui s’agacent et dénoncent une « opération de bluff ».

Le ton est donné et c’est donc, sans étonnement que, huit heures plus tard, la dernière journée de négociations se conclut sur un échec. Une dernière provocation en guise de cerise sur le gâteau après des négociations, âpres, que le patronat – et notamment le Medef – aura tout fait pour plomber.

Étape 1 : tout faire pour éviter la suspension de la réforme des retraites

Peu avant Noël. François Bayrou vient d’être nommé à Matignon. Dans un mois, il doit faire son discours de politique générale devant les parlementaires. D’ici à là, le maire de Pau a un objectif : convaincre le Parti socialiste de ne pas le censurer. Vite, la réforme des retraites arrive au cœur des discussions. Les roses demandent une suspension de la réforme honnie, passée en force au cœur du printemps 2023. Le ministre de l’Économie, Éric Lombard – ami d’Olivier Faure, premier secrétaire du PS – ne balaie pas, pour la première fois, l’hypothèse.

Au sein du Medef, la nouvelle fait frémir. Alors que le gouvernement Bayrou doit trouver plusieurs dizaines de milliards d’euros pour boucler le budget 2025, une suspension de la réforme pourrait obliger le patronat à mettre la main au portefeuille. Le 9 janvier 2025, à quelques jours du discours de politique générale du premier ministre, le patron des patrons monte au créneau.

Cinq jours plus tard, le plaidoyer du Medef est entendu par François Bayrou.

« Dans le panorama très tendu des finances publiques, […] il ne faut pas toucher au rendement de la réforme et le rendement de la réforme tient essentiellement à l’âge légal de départ en retraite de 64 ans », martèle-t-il sur la matinale de RMC et BFM TV. Puis, il crée un contre-feu, dénonçant « un niveau de dépenses sociales insupportables ».

Cinq jours plus tard, son plaidoyer est entendu par François Bayrou. Ni suspension, ni gel. La réforme des retraites continuera bien de s’appliquer. Pour donner du grain à moudre au PS et jouer la division du Nouveau Front populaire, le locataire de Matignon annonce en revanche un « conclave » sur le sujet des retraites, « sans tabou ni totem ». L’ovni de démocratie sociale, inédit, est lancé. Le Medef, lui, a préservé l’essentiel. Certes, il devra négocier mais sans accord, c’est bien la réforme de 2023 qui s’appliquera.

Étape 2 : diviser les syndicats

« Rassuré ». Patrick Martin a de quoi l’être. Deux jours après le discours de politique générale du premier ministre, il se félicite, sur France Inter, d’avoir entendu un « discours pro business ». Seule petite épine dans le pied, ce conclave sur les retraites où son organisation sera obligée d’aller.

Certes, le rapport de force est largement favorable au patronat, mais s’attaquer au sujet des retraites revient potentiellement à rouvrir la boîte de Pandore. En 2023, lors de la contestation historique contre le recul de l’âge légal à 64 ans, les organisations syndicales unies avaient largement remporté la bataille de l’opinion.

Et Patrick Martin ne veut pas revivre cela. Il

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