« La véritable question est celle de l’égalité »

À l’occasion de la mobilisation dans l’Éducation le 15 mai, l’écrivain et professeur de français Pierre Bergounioux rappelle que l’école ne saurait être réformée sans que ne change la société qu’elle reproduit.

Ingrid Merckx  • 15 mai 2008 abonné·es

Vous qui titrez votre ouvrage « École, mission accomplie » [^2] , que pensez-vous de la mobilisation qui secoue le monde de l’Éducation depuis la mi-mars et culmine ce 15 mai ? Sommes-nous à un tournant dans la vision de l’école ?

Pierre Bergounioux : Les suppressions de postes vont alourdir la tâche des enseignants. Les chiffres annoncés, dans leur nudité, se traduiront, dans les faits, par une difficulté accrue à ouvrir les élèves aux valeurs les plus hautes, celles de discernement, de civisme, d’universalité, dont l’école demeure le foyer en ces temps de confusion et d’abaissement. La sociologie, avec Pierre Bourdieu, a porté au jour la contribution décisive de l’institution scolaire à la consécration des privilèges, à la légitimation de l’inégalité. La politique scolaire actuelle s’inscrit dans un projet dont la principale caractéristique, sans doute, est que ses instigateurs sont acquis aux axiomes des sociétés de business, produire pour produire et dépenser ce qu’on a gagné à Eurodisney.

« L’école n’est pas la source mais le reflet des différences qu’on observe hors de ses murs. » AFP

On entend répéter que l’Éducation nationale est impossible à réformer. L’école, « l’affaire de tous », est-elle – encore — le lieu où commencer à transformer la société ? Ou seulement le lieu où commencent les inégalités ? L’école est seconde, comme tout ce qui relève de la pensée. Ce qui est déterminant, ce sont les rapports de production, la répartition de la richesse. C’est pourquoi l’école est le dernier endroit où chercher à les changer. Elle

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Société
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