Comment la France et la Suisse ont muselé l’opposition au G7

Pour le sommet international des sept plus grandes puissances économiques mondiales à Évian-les-Bains, les autorités hexagonales et helvètes ont pris toutes les mesures nécessaires pour mettre en quarantaine toute contestation potentielle de la société civile.

William Jean  • 16 juin 2026
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Comment la France et la Suisse ont muselé l’opposition au G7
Des manifestants tentent d'avancer en brandissant une banderole lors d'un rassemblement organisé par la coalition « No-G7 », qui regroupe plus de 60 associations, syndicats et groupes de gauche « contre le fascisme et l'impérialisme », à la veille de l'ouverture du sommet à Genève, le 14 juin 2026.
© Fabrice COFFRINI / AFP

Le 5 juin, la coalition No-G7 a annoncé ne pas maintenir son contre-sommet à Évian. Le principe du contre-sommet, animé par la société civile pour contester les décisions et la présence des dirigeants des sept nations détenant 44 % de l’économie mondiale (Allemagne, Canada, États-Unis, France, Italie, Japon et Royaume-Uni), était habituellement sanctuarisé. La France, en charge de la présidence du grand rendez-vous, semblait plus réticente à laisser s’exprimer la contestation et la critique, qu’elle soit populaire ou institutionnelle.

Une coalition pour « se faire entendre »

Lancée en décembre 2025, No-G7 réunit des ONG, des syndicats, des groupes militants et des partis politiques, en collaboration avec des acteurs de la société civile suisse. Elle a pour objectif de « se faire entendre », selon Aude Panisse, secrétaire générale de la CGT Haute-Savoie.

« Nous soutenons le droit international, un monde vivable et désirable face aux politiques orchestrées par ce G7 », ajoute-t-elle. Mais le camp d’en face ne semble pas vouloir jouer fair-play. Le village initialement prévu à Annemasse (à 40 km d’Évian), à l’initiative de la coalition de soixante organisations, s’est vu annulé pour des raisons de sécurité. S’il a été interdit, ce sommet anti-G7 avait pourtant été organisé avec la préfecture, par plusieurs réunions.

Dans ces réunions figurait une personnalité bien connue des militants : Emmanuelle Dubée, préfète de Haute-Savoie et ex-préfète des Deux-Sèvres, où se trouve Sainte-Soline. Selon les organisateurs du contre-sommet, la préfecture a joué la montre et surchargé la coalition de procédures administratives pour pousser à l’annulation. La préfecture affirme que « la préfète Emmanuelle Dubée a participé à deux des quatre réunions organisées avec le collectif, les deux autres ayant été conduites par une sous-préfète agissant sous son autorité ».

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L’autre raison de cette annulation est financière. Ce sont près de deux millions d’euros d’assurance dommages qui furent réclamés par la préfecture : « On nous demandait de monter un dossier de sécurité de 150 pages comme un festival de musique d’été, sans tenir compte du caractère militant », ajoute Aude Panisse. La préfecture assure que « ces exigences correspondent aux règles habituellement appliquées aux rassemblements de grande ampleur » et précise que « le montant de l’assurance a été fixé par l’assureur sollicité par les organisateurs. »

Thomas Prabonnaud, militant à la FSU 74 et porte-parole de la coalition No-G7 raconte que les militants auraient dû déposer un dossier « au nom d’une personne », ce qui aurait fait retomber la responsabilité juridique sur cette personne en cas de poursuites.

Autorités suisses

De l’autre côté du lac Léman, la Suisse a, elle aussi, fermé les portes à toutes possibilités de contestation. Françoise Nyffeler, militante de longue date du collectif suisse la Grève Féministe raconte : « Durant trois mois, silence radio. On apprenait les nouvelles qui nous concernaient par des conférences de presse, ou par des interventions à la télévision. C’est comme ça qu’on a appris que le village qu’on avait prévu était interdit. »

Le dimanche 14 juin, Genève fut le théâtre de la grève féministe pour protester contre les inégalités de genre dans le monde du travail. L’initiative s’est ralliée au collectif No-G7. Selon Françoise Nyffeler, « ils nous ont dit qu’il fallait pouvoir laisser le pont du Mont-Blanc libre à tout moment pour les délégations. On a été restreints à la rive droite, pendant qu’eux protégeaient la rive gauche, celle des banques et des magasins de luxe ».

Dans ces réunions figurait une personnalité bien connue des militants : Emmanuelle Dubée, ex-préfète des Deux-Sèvres, où se trouve Sainte-Soline.

Selon la coalition, ce sont près de 30 000 personnes qui ont manifesté dans les rues de Genève. Du côté policier, on compte entre 200 et 300 arrestations après une nasse qui a duré de 20 heures à 6 heures du matin et des affrontements entre des manifestants à l’arrière du cortège et la police suisse.

Sourde oreille institutionnelle

Au sein de la présidence française du G7, l’écoute promise à la société civile n’a pas été plus au rendez-vous. Coordination SUD, coordination nationale des ONG françaises de solidarité internationale, avait été chargée d’animer le Civil Society 7 (C7), ce groupe officiel censé porter la voix des sociétés civiles auprès du sommet. Mais pour son directeur Kevin Goldberg, ce rôle est resté largement secondaire : « Cette écoute était de façade. Elle nous a semblé très lacunaire au regard de l’intérêt qu’aurait pu avoir l’État français à mettre en avant nos messages et l’ensemble de nos productions. »

Cette mise à distance s’explique en partie par la volonté du gouvernement de brosser dans le sens du poil Washington. Plusieurs ONG dénoncent un sommet entièrement recentré autour de Donald Trump, au point d’en faire disparaître des thématiques jusque-là incontournables des déclarations du G7.

Sur le climat, aucune mention des énergies fossiles n’est attendue dans les textes finaux, alors que la Cour internationale de Justice a jugé, en juillet 2025, que les subventions aux fossiles constituaient un acte illicite. Même chose côté social : les mots « solidarité » ou « lutte contre la pauvreté » ont disparu des textes préparatoires, remplacés par la notion de « partenariat mutuellement bénéfique », une expression que plusieurs ONG craignent de voir se traduire par un retour de l’aide liée aux intérêts des entreprises occidentales.

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Il en donne un exemple précis lors d’une conférence de presse : « Le C7 a organisé un sommet qui a rassemblé plus de 180 participants, représentant plus de 30 pays et 85 organisations. Il n’y a eu aucune représentation politique de la part de la France. » Une réunion était toutefois prévue mercredi 10 juin au soir à l’Élysée avec l’ensemble des groupes d’engagement, mais précise-t-il, « nous n’aurons pas eu l’occasion d’échange bilatéral avec le président de la République. On a eu cinq minutes pour dire ce que l’ensemble des sociétés civiles ont travaillé et souhaitent porter. »

Une mise à distance qui s’accompagne d’une perte d’accès politique plus large : alors qu’en 2019 chaque ministère donnait lieu à des rencontres entre représentants de la société civile et ministres, cette forme n’a pas été reconduite. Tout comme les rencontres habituelles avec le sherpa* d’Emmanuel Macron, restées sans suite depuis six mois.

*

Surnom du représentant personnel d’un chef d’État ou de gouvernement d’un État membre du G7

Si le contre-sommet n’aura finalement pas eu lieu, les obstacles rencontrés de part et d’autre de la frontière ont eu un effet inattendu : une soixantaine d’organisations suisses et françaises, des syndicats aux collectifs féministes, se sont retrouvées unies dans une même coalition, un réseau que les militants entendent bien faire vivre au-delà du G7.

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