Flottille pour Gaza : « C’est une opération périlleuse »

Un an après une première tentative, une deuxième flottille va embarquer en direction de la bande de Gaza pour apporter de l’aide humanitaire et demander la levée du blocus à Israël. Entretien avec Julien Bayou, conseiller régional EELV d’Ile de France, qui embarque dans un des deux bateaux français.

Erwan Manac'h  • 27 juin 2011
Partager :
Flottille pour Gaza : « C’est une opération périlleuse »
© Photo : AFP / Murielle Kasprzak, Jacques Demarthon

Cinq-cents militants de 22 pays vont prendre la mer dans les jours qui viennent. Ils devaient embarquer mercredi à bord de dix bateaux chargés de 5 000 tonnes de médicaments et d’aide humanitaire et d’un panel de journalistes, hommes politiques et militants, sélectionnés parmi de nombreux candidats.

Malgré les menaces d’Israël, qui a demandé lundi 27 juin à la marine de bloquer le convoi, et l’opposition de l’ONU, les bateaux quitteront Athènes pour deux jours de traversée environ. Direction la bande de Gaza, avec de l’aide humanitaire. Lors de la première flottille, en mai 2010, un commando israélien avait attaqué un ferry humanitaire turc au large de Gaza, entraînant la mort de neuf passagers.

Les explications de Julien Bayou, conseiller régional d’île de France Europe Écologie – Les Verts et militant associatif, qui s’apprête à embarquer avec les quarante autres passagers des deux bateaux français.

Quel est l’objectif de votre démarche ?

Illustration - Flottille pour Gaza : « C'est une opération périlleuse »

La flottille a évidemment une visée symbolique. Ce n’est pas à nous de convoyer l’aide humanitaire, les matériaux de construction ou les médicaments. Mais nous n’acceptons pas qu’Israël bloque l’aide humanitaire dont dépend une grande partie de la population. La société civile prend donc le relais de la puissance publique lorsqu’elle est en échec pour dénoncer le blocus de la bande de Gaza.

La situation des habitants à Gaza est connue et le blocus est illégal, mais la communauté internationale ne fait rien. Même les gouvernements de l’Union européenne, qui verse une subvention importante pour l’aide humanitaire, ne sont pas capables de s’opposer au blocus. Les députés européens ne sont pas autorisés à rentrer dans la bande de Gaza.

Nous avons obtenu une première victoire avec cette nouvelle opération. Israël vient d’autoriser exceptionnellement des agences onusiennes à faire rentrer des matériaux de construction.

Comment se passera la traversée ?

Une dizaine de bateaux devraient embarquer. Un canadien, un américain, un irlandais, deux norvégiens, deux allemands… dont deux cargos chargés de milliers de tonnes de matériel. La campagne a réuni plus de 100 000 euros en France pour l’achat de matériel humanitaire.

On attend beaucoup de monde à bord des bateau. Des journalistes sont présents aux côtés de plusieurs politiques. C’est un bel équipage. Comme d’ailleurs l’an passé, quand des prix Nobel avaient prit place dans les bateaux, ce qui n’avait pas empêché l’intervention d’Israël.

Avez-vous peur de la réaction d’Israël ?

Oui. J’ai un peu peur de la réaction des autorités israéliennes. J’espère qu’ils réfléchiront avant d’user de la violence de nouveau. Israël n’as pas besoin de se montrer ferme avec des gens qui viennent apporter leur aide à des populations en détresse. En 2010 le pays était intervenu contre des personnes non armées alors qu’elles étaient dans les eaux internationales. On a donc évidemment la pression. Il s’agit d’une opération périlleuse.

On est soutenus par beaucoup de monde mais on attend des précisions sur la position du gouvernement français qui nous a rappelé qu’il nous garantissait la protection consulaire dans la mesure du possible, tout en nous déconseillant fermement d’y aller. Mais je n’ai pas hésité à m’engager dans cette action.

Il y a tous les ingrédients d’une belle action citoyenne : le pacifisme, la solidarité, la dimension internationale. Je ne suis pas un militant de longue date contre le blocus de Gaza. Ma présence sur le bateau est donc aussi un symbole d’unité et de rassemblement autour de cette situation.

Illustration - Flottille pour Gaza : « C'est une opération périlleuse »

Monde
Temps de lecture : 3 minutes
Soutenez Politis, faites un don.

Chaque jour, Politis donne une voix à celles et ceux qui ne l’ont pas, pour favoriser des prises de conscience politiques et le débat d’idées, par ses enquêtes, reportages et analyses. Parce que chez Politis, on pense que l’émancipation de chacun·e et la vitalité de notre démocratie dépendent (aussi) d’une information libre et indépendante.

Faire Un Don

Pour aller plus loin…

Nucléaire iranien : pour Israël et les États-Unis, cet indéfectible instrument de propagande
Récit 12 mars 2026 abonné·es

Nucléaire iranien : pour Israël et les États-Unis, cet indéfectible instrument de propagande

Le programme nucléaire militaire iranien est au cœur de la rhétorique américano-israélienne pour justifier la guerre contre l’Iran. La campagne de bombardement engagée par le duo Trump-Netanyahou pourrait faire passer le régime dans une autre dialectique nucléaire.
Par William Jean
Dissuasion nucléaire : le pari martial d’Emmanuel Macron
Analyse 12 mars 2026 abonné·es

Dissuasion nucléaire : le pari martial d’Emmanuel Macron

Avec la nouvelle dissuasion avancée, Emmanuel Macron met la doctrine française au cœur du débat stratégique européen. Dans un contexte géopolitique instable, cette évolution se veut être une garantie d’indépendance militaire. Une démonstration de force qui montre aussi ses fragilités.
Par Maxime Sirvins
« L’arme nucléaire est une arme politique, en aucun cas une arme de champ de bataille »
Entretien 12 mars 2026

« L’arme nucléaire est une arme politique, en aucun cas une arme de champ de bataille »

Dissuasion avancée, intérêts vitaux européens, armes tactiques, désarmement : la chercheuse, Maïlys Mangin, décrypte les ressorts et les limites d’une mise à jour stratégique majeure opérée par Emmanuel Macron dans son discours à l’Île Longue.
Par William Jean
Au Chili, José Antonio Kast, le nouvel allié de Donald Trump
Monde 11 mars 2026 abonné·es

Au Chili, José Antonio Kast, le nouvel allié de Donald Trump

Le 11 mars, le président sortant Gabriel Boric a passé officiellement la main à l’ultraconservateur José Antonio Kast, après une période de transition conflictuelle au sujet d’un projet de câble sous-marin avec la Chine. Avec ce nouveau gouvernement, Donald Trump renforce son influence en Amérique latine et accentue les conflits dans la région.  
Par Marion Esnault