Violences et prohibition : les prostitués manifestent

Des associations manifesteront, samedi 17 décembre, contre la pénalisation des clients de prostitués, à l’occasion de la journée internationale de lutte contre les violences faites aux travailleurs du sexe.

Mickaël Guiho  • 16 décembre 2011
Partager :
Violences et prohibition : les prostitués manifestent
© Photo : AFP / Peter Ginter / Bilderberg

Samedi 17 décembre aura lieu la journée internationale de lutte contre les violences faites aux travailleurs du sexe. Cette manifestation annuelle est née en 2003, en réaction à l’arrestation aux États-Unis, 20 ans après les faits, d’un criminel qui avait, dans l’indifférence, tué de nombreuses personnes prostituées entre 1982 et 1985. « Ce sont des proies faciles dont personne ne se soucie , avait-il alors froidement expliqué. Elles ne seront jamais portées disparues… ». C’est en mémoire des victimes de ce meurtrier que plusieurs associations de prostituées-és se réuniront donc à nouveau ce samedi à Paris, Lyon, Marseille et Toulouse. Mais c’est aussi et surtout pour dénoncer leur stigmatisation et les violences (physiques, morales, sociales, sexistes, racistes, homophobes ou transophobes) qui en découlent et qu’elles-ils subissent aujourd’hui.

-L’abandon du projet de pénalisation des clients et la fin de toute répression des prostituées-és.

-La participation des prostituées-és à l’élaboration de politiques publiques qui les concernent.

-L’abrogation des délits de racolage, de proxénétisme, d’aide et de soutien.

-La régularisation des travailleuses-eurs du sexe sans papier.

-L’accès aux droits fondamentaux : santé, retraite, logement, chômage, justice et sécurité.

La prostitution n’est pas interdite en France. Mais les personnes prostituées sont de fait criminalisées : d’abord par la Loi pour la Sécurité intérieure du ministre Sarkozy, votée en 2003, qui pénalise le racolage passif, ensuite par les divers arrêtés municipaux qui aggravent cette stigmatisation, et enfin par la politique migratoire qui menace d’expulsion de nombreuses-eux travailleuses-eurs du sexe. « Ces lois éloignent les travailleuses du sexe des lieux de passage, les exposant davantage aux risques de violences, explique dans un communiqué Cabria, association lyonnaise de santé communautaire. Ces violences sont autant le fait de « clients » violents, que de passants ou d’habitants des quartiers de prostitution… Mais nous constatons aussi de nombreuses violences symboliques portées par des représentants d’institutions (police, travailleurs sociaux) : harcèlement, pressions morales, jugement sur l’activité, discriminations… ».

Pénalisation des clients

En 2011, cette journée de lutte intervient dans un contexte tout particulier, puisque l’Assemblée nationale vient d’adopter une résolution affirmant officiellement « la position abolitionniste » de la France en matière de prostitution. Dans la foulée, mardi 6 décembre, une proposition de loi sur la pénalisation des clients (avec des peines allant jusqu’à 2 mois d’emprisonnement et 3750 euros d’amende) a été déposée. « Sous couvert d’aider des victimes, il s’agit encore d’une mesure répressive et dangereuse à notre encontre, s’indigne le STRASS (Syndicat du travail sexuel), en tête des cortèges demain, dans un communiqué.  Cette disposition va accroître la présence et les potentielles violences policières sur les lieux de tapin, nous invisibiliser un peu plus, nous éloigner des structures de soins, de dépistage, de prévention, entraver notre capacité à imposer des rapports protégés. Cette situation va faire les choux gras des réseaux, et des patronnes de l’industrie du sexe, qui seront d’autant plus à même de nous fournir ce dont les parlementaires nous privent : des moyens et des lieux pour exercer, une protection, des clients » .

Société Politique
Temps de lecture : 2 minutes
Soutenez Politis, faites un don.

Chaque jour, Politis donne une voix à celles et ceux qui ne l’ont pas, pour favoriser des prises de conscience politiques et le débat d’idées, par ses enquêtes, reportages et analyses. Parce que chez Politis, on pense que l’émancipation de chacun·e et la vitalité de notre démocratie dépendent (aussi) d’une information libre et indépendante.

Faire Un Don

Pour aller plus loin…

65 ans après le massacre du 17 octobre 1961, la même police
Colonialisme • 16 octobre 2026

65 ans après le massacre du 17 octobre 1961, la même police

Ces dernières semaines, les mobilisations lycéennes ont été marquées par de fortes répressions. 65 ans après le massacre du 17 octobre 1961, les pratiques de la police continuent de porter les traces de son histoire coloniale.
Par Kamélia Ouaïssa
« La victoire de Glucksmann ne vaut pas blanc-seing pour sa stratégie anti-alliance »
Entretien • 15 octobre 2026

« La victoire de Glucksmann ne vaut pas blanc-seing pour sa stratégie anti-alliance »

Raphaël Glucksmann est sorti large vainqueur de la primaire « de la gauche socialiste et démocratique ». Conséquence, le Parti socialiste n’aura pas de candidat propre pour la présidentielle 2027. Le résultat divise déjà au sein de la formation. Une situation dont le premier secrétaire, Olivier Faure, sort affaibli.
Par Névil Gagnepain
Après la victoire de Glucksmann, les ralliements à Mélenchon se multiplient
Analyse • 15 octobre 2026 abonné·es

Après la victoire de Glucksmann, les ralliements à Mélenchon se multiplient

1 500 communistes ont annoncé le 14 octobre leur ralliement à la candidature du leader insoumis. En parallèle, la victoire de Raphaël Glucksmann lors de la primaire socialiste provoque des remous chez les militants de gauche et semble acter une bipartition de la campagne. 
Par Névil Gagnepain
À Saint-Avold, les gilets jaunes reprennent le rond-point
Reportage • 14 octobre 2026 abonné·es

À Saint-Avold, les gilets jaunes reprennent le rond-point

Depuis les premiers jours de la mobilisation lycéenne, une date est très attendue : celle du retour annoncé des gilets jaunes le 17 octobre. Une journée d’action lancée début septembre sur les réseaux sociaux pour protester notamment contre l’augmentation du prix de l’essence et du coût de la vie.
Par Céline Martelet