La littérature sans effet ? (« À flux détendu »)

« Pourquoi l’extrême gauche ne lit-elle pas de littérature ? »

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« L’extrême gauche, c’est moi. » Celle qui écrit cette phrase est Nathalie Quintane. L’auteure de Descente de médiums ou de Tomates n’est pas devenue mégalomane. Au contraire, si elle écrit cette phrase en introduction d’un texte intitulé « Pourquoi l’extrême gauche ne lit-elle pas de littérature ? », conclusif d’un recueil de textes directement politiques, les Années 10 (La Fabrique, 201 p., 13 euros), c’est pour s’inclure dans ce public spécifique qu’elle désigne dans cette question. Alors pourquoi ? Parce que, formellement, la grande tendance est à l’académisme, nous dit Quintane. « Les textes contemporains qui disent le bordel – des bouleversements actuels – confèrent au bordel un classicisme qui me semble parfois dater les événements contés », écrit-elle. La langue est immaculée et repassée comme un linceul, entourant le corps sans vie de la littérature sanctuarisée.

Mais il n’y a pas que cela. Il est urgent aujourd’hui, chez ceux qui défendent encore la littérature, de la déclarer « utile ». Mais à quoi ? À mieux dire le réel que ne le ferait un reportage, même de qualité ? Mais il faudrait alors se départir de cette croyance, retour de balancier après l’époque des avant-gardes florissantes, que la langue est transparente, qu’elle est idéologiquement neutre, et qu’un objet littéraire n’est surtout pas politique. Au-delà des récits de constat, des « romans de gare à thèse » (Houellebecq), ou des histoires baroques, la littérature peut produire « des expériences de pensée alternative », affirme Quintane. « Mais pour le moment, le roman que je vois se lire ou se vendre encore est plutôt dix-neuvièmiste local, calmant et consolatif, parfaitement ad hoc au dernier capitalisme parce qu’il ne fait pas que s’y adosser, il continue à en être l’une des productions les plus achevées, et les récits excessifs qui entendent le tuer sur le papier l’augmentent. » Ce qui n’est pas si mal vu, non ?


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