Tout refuser à Jacques Julliard ?

Pour Jacques le défiltré, M. Finkielkraut et ses coturnes sont victimes d’une « chasse à l’homme. »

Sébastien Fontenelle  • 30 septembre 2015 abonné·es

L’éditocrate Jacques Julliard, qui s’est jadis rendu fameux par l’obstination qu’il mettait à fustiger une gauche trop lente (de son point de vue) à se rendre aux suavités de l’ordocapitalisme, et qui dorénavant officie chez Marianne – l’hebdomadaire décomplexiste où l’on s’est fait une spécialité de « tout dire » sur l’immigration, ou les musulman(e)s, ou les Roms sans se laisser emmerder par la police-de-la-pensée-des-bobos-conformistes –, Jacques Julliard, disais-je, a tout récemment déploré, dans le Figaro de Serge Dassault, où il a, semble-t-il, un rond de serviette, que « des intellectuels » aient été – c’est lui qui parle – « traqués comme » on poursuit de vulgaires « délinquants ».

De qui s’agissait-ce ? De MM. Finkielkraut, Houellebecq, Onfray und Zemmour, qui ont en commun d’avoir émis sur des sujets divers – comme par exemple les migrant(e)s et les musulman(e) – des points de vue qui n’allaient pas forcément trop contre ceux de la Pen. Et qui ont, après cela, essuyé quelques (urbains) reproches – autrement moins bruyants, cependant, que les acclamations que leur valent, depuis tant d’années qu’on ne les compte plus guère, leurs très râpeuses proférations : rappelons, tout de même, que c’est en excrétant (notamment) leur logorrhée islamophobe que ces éminents publicistes se sont fait, dans la presse comme il faut, une réputation de courageux briseurs de  « tabous » et d’ « iconoclastes » de compète. Ce sont ces timides réactions (le mot est de circonstance) qui ont irrité Jacques Julliard et qui lui font donc dire – manifestement inconscient du fait que les voleurs de mobylettes ne disposent, pour se défendre, et à la différence de MM. Onfray ou Zemmour, d’aucun accès illimité aux médias dominants – que ces pauvres hères ont été, je le répète car c’est d’une beauté durable, « traqués comme on poursuit des délinquants ». Plus précisément, ajoute Jacques le défiltré : M. Finkielkraut et ses coturnes sont victimes d’une « chasse à l’homme ».

On lit ça, n’est-ce pas : on est pris de l’assez forte envie de se le monter en sautoir. Puis on se rappelle que jamais – au grand jamais – le pontifiant M. Julliard ne s’émeut si fort quand M. Zemmour part à la chasse aux musulman(e) s. Et que ses indignations sont par conséquent très sélectives. Mais il est vrai aussi que lui-même vociférait, au mois de mai dernier, contre « cette partie de la communauté musulmane qui entend conquérir une existence visible dans la société française » et qui souhaite « surtout » – comble de l’effronterie – « voir cette existence reconnue ». Et qu’il vient (comme l’a relevé l’excellent site contre-attaques.org, dont je ne saurais trop te recommander la fréquentation assidue) de préciser encore sa pensée en proclamant – toujours dans le Figaro de Serge Dassault – qu’il convenait de « tout refuser aux musulmans en tant que religion ». Mais je vais garder pour moi le détail de ce que m’inspirent ce comportement général et ces mots en particulier : je ne voudrais surtout pas qu’on me soupçonne de vouloir traiter un si prestigieux forgeron de l’opinion à l’égal d’un triste petit voyou des idées.

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De bonne humeur

Sébastien Fontenelle est un garçon plein d’entrain, adepte de la nuance et du compromis. Enfin ça, c’est les jours pairs.

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