Notre-Dame-des-Landes, Barjac : no pasarán et no gazarán !

­L’affluence à ces deux manifestations signe une défiance démultipliée envers les politiques.

Patrick Piro  • 2 mars 2016
Partager :
Notre-Dame-des-Landes, Barjac : no pasarán et no gazarán !
© Photo : SYLVAIN THOMAS/AFP

Il y a quelques semaines, les organisateurs faisaient la moue : sans se concerter, deux mobilisations stratégiques avaient pris date la même fin de semaine. Samedi dernier à Notre-Dame-des-Landes, pour soutenir les quinze familles d’« historiques » du site sous le coup d’une mesure d’expulsion exécutoire d’ici au 26 mars ; et le lendemain à Barjac, pour dénoncer la récupération par Total du permis de la concession « de Montélimar » (4 700 km2) pour y rechercher du gaz de schiste. Vaines craintes de télescopage : les militants se réjouissent d’un double succès. Près de 50 000 personnes, selon les organisateurs, pour bloquer deux nationales en Loire-Atlantique, là où commenceraient les travaux du barreau routier du projet d’aéroport. Soit 2,5 fois plus de « no pasarán » que pour l’opération escargot du 9 janvier sur le périphérique nantais. Et, dans la petite ville gardoise de Barjac, leur fief désigné, ils étaient quelque 15 000 « no gazarán ». Loin de faiblir, la mobilisation anti-gaz de schiste reste intacte alors que les dernières grandes manifestations, conclues par une loi interdisant la fracturation hydraulique (seule technique d’exploitation connue pour ce gaz), remontent à 2011. Car, le 28 janvier, la justice a remis Total (dont le permis avait été annulé par l’administration) en selle : le pétrolier a réaffirmé (sans plus de précision) qu’il n’utiliserait pas la fracturation hydraulique.

La ministre de l’Écologie a beau avoir déposé un appel suspensif, les militants doutent de sa détermination, pas dupes de la manœuvre de Total : les principaux candidats de droite à la présidentielle de 2017 (Sarkozy, Juppé, Fillon) s’affichent désormais favorables au gaz de schiste.

À Notre-Dame-des-Landes, ­l’affluence signe aussi une défiance démultipliée envers les politiques : loin de calmer les esprits, le référendum sur le projet d’aéroport, annoncé début février par François Hollande, a immédiatement été rejeté comme parodie de démocratie directe. En effet, il n’est nulle part stipulé que le dossier serait remis à plat. Tout aussi fumeux et climaticide que les projets d’extraction de gaz de schiste dans le Sud-Est, l’aéroport de Notre-Dame-des-Landes est désigné comme « la fabrique d’un mensonge d’État », selon le titre de l’ouvrage de l’ex-élue locale Françoise Verchère (Éd. Tim Buctu) : l’édifiante exposition d’un acharnement politique, alors que la justification économique et écologique du projet a été démantelée par des centaines d’experts indépendants – mais aussi par la Direction régionale de l’environnement, de l’aménagement et du logement – dans un rapport enterré par le préfet de Région (Le Canard enchaîné, 17 février).

Écologie
Temps de lecture : 2 minutes
Soutenez Politis, faites un don.

Chaque jour, Politis donne une voix à celles et ceux qui ne l’ont pas, pour favoriser des prises de conscience politiques et le débat d’idées, par ses enquêtes, reportages et analyses. Parce que chez Politis, on pense que l’émancipation de chacun·e et la vitalité de notre démocratie dépendent (aussi) d’une information libre et indépendante.

Faire Un Don

Pour aller plus loin…

La paysannerie mondiale résiste encore
Reportage 20 avril 2026 abonné·es

La paysannerie mondiale résiste encore

Depuis 1996, le 17 avril marque la journée internationale des luttes paysannes. Face à la libéralisation des échanges et à l’accaparement des terres, le mouvement altermondialiste La Via Campesina coordonne la résistance de 200 millions de paysans à travers le monde.
Par Alix Garcia et Louis Meurice
En Suisse, avec le berger qui défend les loups
Portrait 17 avril 2026 abonné·es

En Suisse, avec le berger qui défend les loups

Dans le Jura vaudois, Fabrice Monnet a passé une grande partie de l’hiver à patrouiller dans les montagnes avec son association pour empêcher l’abattage du grand prédateur. L’homme est devenu une figure militante, non sans agacer éleveurs et pouvoirs publics.
Par Louis Bolla
Marc-André Selosse : « S’occuper de la biodiversité est une preuve d’humanisme »
Entretien 15 avril 2026 abonné·es

Marc-André Selosse : « S’occuper de la biodiversité est une preuve d’humanisme »

Le professeur de microbiologie au Muséum national d’histoire naturelle plaide pour la reconnexion de notre société au vivant, et l’émergence d’alternatives agroécologiques pour protéger le monde agricole et les citoyens des ravages des pesticides. Dans De la biodiversité comme un humanisme, petit livre très accessible, il allie vulgarisation et la défense de la biodiversité.
Par Vanina Delmas
Inondations : réparer ou prévenir ?
Parti pris 25 février 2026

Inondations : réparer ou prévenir ?

Alors que l’extrême droite impose ses thèmes dans le débat public, des inondations historiques frappent la France dans une indifférence inquiétante. Ces catastrophes, loin d’être de simples aléas, révèlent nos choix politiques, nos renoncements et l’urgence de changer de modèle.
Par Pierre Jacquemain