Laurent Wauquiez arrose les chasseurs et plombe les naturalistes

Claude-Marie Vadrot  • 25 septembre 2016
Partager :
Laurent Wauquiez arrose les chasseurs et plombe les naturalistes
© Photo : CITIZENSIDE / CHRISTOPHE ESTASSY / Citizenside.

Le président de la région Auvergne-Rhône-Alpes a trouvé un moyen radical de préparer les élections du printemps prochain. Il a fait voter une subvention de trois millions d’euros en faveur des associations et des fédérations de chasse. À la clé, la « sympathie » des 110 000 chasseurs de la région.

Pour que la mesure soit électoralement payante, il a pris deux décisions. La première est de prévoir que ladite subvention sera reconduite pendant les trois prochaines années. Et comme son budget n’est pas extensible à l’infini, il a compensé sa libéralité démagogique en réduisant sérieusement les subventions attribuées depuis des années par les conseils régionaux Auvergne et Rhône-Alpes aux associations de protection de la nature.

Pour justifier cette dernière décision, il a expliqué qu’il ne voyait aucune raison de financer ceux qu’il appelle des « opposants politiques ». Façon de couper les moyens à des protecteurs de la nature qui remettent en doute les façons dont sont gérées les questions de protection des écosystèmes et la sauvegarde de la faune, notamment la question du loup et du lynx. Des questions qui fâchent les chasseurs qui ne songent qu’aux gibiers.

D’ailleurs, pour justifier le soutien financier accordé aux associations de chasse, un soutien qui n’a d’équivalent dans aucune autre région, Laurent Wauquiez leur a confié officiellement la responsabilité de la protection de la nature et l’éducation à l’environnement. Ce paradoxe donnera le droit aux chasseurs de se rendre dans les classes de collège et de lycée de la région pour y faire la propagande de leurs conceptions de la nature et de leurs activités prédatrices. Lesquelles consistent à favoriser le gibier aux dépends de la préservation des espèces non chassables.

Les naturalistes et les écologistes, notamment ceux de la FRAPNA (Fédération Rhône-Alpes pour la Protection de la Nature) sont en colère de voir leurs actions désintéressées (vantées par le ministère de l’Écologie depuis longtemps) réduites à néant par ce choix. D’autant plus que les organisations de chasseurs jouissent déjà, au plan régional comme au plan national, de moyens considérables grâce à la part qu’ils perçoivent sur le prix des permis de chasse.

Une fois de plus, la préoccupation électorale sera néfaste pour la biodiversité. D’autant plus que Laurent Wauquiez claironne qu’il va bientôt « remettre de l’ordre dans la gestion et les protections imposés par le parc national de la Vanoise » qui se défend depuis des années contre les attaques des chasseurs et les projets immobiliers. Notamment pour obtenir enfin le droit de chasser le bouquetin et d’y construire de nouvelles stations de sports d’hiver…

Soutenez Politis, faites un don.

Chaque jour, Politis donne une voix à celles et ceux qui ne l’ont pas, pour favoriser des prises de conscience politiques et le débat d’idées, par ses enquêtes, reportages et analyses. Parce que chez Politis, on pense que l’émancipation de chacun·e et la vitalité de notre démocratie dépendent (aussi) d’une information libre et indépendante.

Faire Un Don

Pour aller plus loin…

En CRA, le double enfermement des personnes psychiatrisées
Analyse 27 février 2026 abonné·es

En CRA, le double enfermement des personnes psychiatrisées

En centre de rétention administrative, les personnes souffrant de troubles psychiatriques sont de plus en plus nombreuses. Parfois arrêtées directement à la sortie de l’hôpital psychiatrique, elles risquent, une fois en CRA, d’être placées à l’isolement. Ce qui aggrave leur santé mentale.
Par Pauline Migevant
Ahmed N. voulait « soigner sa tête » : à Calais, les exilés abandonnés face aux souffrances psychologiques
Enquête 27 février 2026

Ahmed N. voulait « soigner sa tête » : à Calais, les exilés abandonnés face aux souffrances psychologiques

Ahmed N., un exilé érythréen souffrant de troubles psychologiques, est mort sur un parking près de Calais en mai dernier. Malgré les alertes, les associatifs ont fait face à de nombreux dysfonctionnements venant de l’hôpital de Calais concernant sa prise en charge.
Par Maël Galisson
Minute de silence pour Quentin Deranque : « Une ligne rouge a été franchie »
Polémique 25 février 2026 abonné·es

Minute de silence pour Quentin Deranque : « Une ligne rouge a été franchie »

Offusqué·es par la minute de silence observée à l’Assemblée nationale pour Quentin Deranque, y compris à gauche, plusieurs citoyen·nes ont écrit à leur député·e pour l’interpeller.
Par Pauline Migevant
Les militants de gauche veulent sortir de la diabolisation
Enquête 25 février 2026 abonné·es

Les militants de gauche veulent sortir de la diabolisation

Partout en France, élus et citoyens dénoncent l’instrumentalisation de la mort de Quentin Deranque par la droite et l’extrême droite. Localement, les divisions partisanes sont reléguées au second plan.
Par Lucas Sarafian