Voter avec ses tripes

Bien que sous-estimé par les sciences politiques, le facteur émotionnel est déterminant lors d’un scrutin. Mais la peur ou la colère ne mènent pas forcément là où l’on pense.

Pauline Graulle  • 5 janvier 2017 abonné·es
Voter avec ses tripes
© ANNE-CHRISTINE POUJOULAT/AFP

Et s’il suffisait d’un attentat de plus pour que Marine Le Pen accède au pouvoir en 2017 ? C’est le scénario noir qui hante les états-majors politiques. Sous la menace terroriste, et dans un contexte de rejet massif des partis traditionnels, la présidentielle à venir semble particulièrement vulnérable aux mouvements d’opinion. Après le choc du Brexit et la victoire surprise de Donald Trump aux États-Unis, c’est la France qui se préparerait à une élection à fort risque émotionnel. Aujourd’hui, plus que jamais, « le peuple […] n’est-il pas tenté par les pires dérives de l’irrationnel et de la haine ? », s’inquiétait le philosophe Michel Wieviorka, dans Libération, fin décembre.

Un vote peut-il basculer sous le coup d’un mouvement d’humeur de grande ampleur ? Dans quelle mesure les émotions individuelles influencent-elles le choix du bulletin que l’on glisse dans l’urne ? Nos choix politiques sont-ils seulement rationnels ? Et l’émotion est-elle nécessairement un mal ?

Le militant écolo Patrick Farbiaz, qui sillonne le terrain électoral depuis des années, coauteur avec Noël Mamère de La Tyrannie de l’émotion [^1], se souvient de son premier contact « très émotionnel » avec la politique en plein Mai 68. Aujourd’hui, il est catégorique : « Les candidats ont beau dépenser beaucoup

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Politique
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