Attaques et pressions contre les défenseurs des Palestiniens

Depuis le vote, le 6 mars, par le Parlement israélien d’une loi interdisant l’entrée des étrangers qui appellent au boycott d’Israël ou des colonies, des groupes liés au lobby des colons à l’origine de ce vote se sont fait aussitôt en France les relais de cette politique.

Bernard Ravenel  • 17 avril 2017
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Attaques et pressions contre les défenseurs des Palestiniens
© Photo : Rémy GABALDA / AFP

Il s’agit de combattre la campagne internationale Boycott Désinvestissement Sanctions (BDS) destinée à obliger le gouvernement israélien à renoncer à la colonisation. A des attaques inadmissibles visant l’Association France Palestine Solidarité (AFPS) s’ajoutent des pressions sur les candidats à la présidentielle.

De violentes menaces contre l’AFPS ont été lancées par plusieurs sites, notamment ceux d’une soi-disant « Brigade juive » et du groupe paramilitaire d’extrême droite intitulé « Ligue de Défense Juive ». La LDJ est la branche française d’un mouvement créé à New York par le raciste Meir Kahane, classé aux Etats-Unis comme organisation terroriste, auteur de nombreuses agressions qui ont motivé les demandes répétées de son interdiction. Leurs menaces ont été reprises par des sites diffusés depuis Israël, Coolamnews, qui se prévaut d’un soutien de l’armée israélienne, et JSSNews.

L’AFPS a été sommée de cesser de participer à BDS, le 8 mars, « à 8 h, heure d’Israël », sinon seraient publiés « les noms, adresses, numéros de téléphone des dirigeants et membres du conseil national de l’AFPS ». Leurs termes sont ceux des groupes fascistes des années 1930 et de l’OAS des années 1960 : « Nous en avons assez de vous voir et de vous entendre. […] Ceci n’est que la première phase… » Le 10 mars, des vidéos avec l’ensemble de ces coordonnées personnelles ont été diffusées par ces sites.

Aussitôt, ces militants ont reçu des menaces de mort, contre eux-mêmes et leurs enfants, de viol, d’incendie leur maison. Le 18 mars, la ligne téléphonique du siège parisien de l’AFPS a été victime d’un « swatting », un appel a prévenu le commissariat qu’un prétendu assassinat y avait été commis, provoquant l’arrivée de policiers qui ont défoncé une porte. Malgré les plaintes et les demandes aux autorités françaises, aucune réaction. Facebook a fermé la page de la « Brigade juive », qui en a immédiatement créé une autre au contenu tout aussi violent, et son site internet a continué les mêmes menaces, reprises sur les autres sites complices.

Comme l’a indiqué un communiqué de la Ligue des droits de l’homme, ils sont « passés à un stade supérieur ». Le fait que la France ait cherché à criminaliser l’appel au boycott d’Israël a donné un sentiment d’impunité à ces groupes. Un vol d’ordinateur s’est produit le 19 mars dans des conditions qui laissent supposer l’action d’équipes organisées. Le 26 mars, de nouvelles menaces sont apparues sur internet à l’encontre du président de l’AFPS, Taoufiq Tahani, la LDJ revendiquant le vol de « toutes ses données personnelles, agendas, contacts téléphoniques, photos et SMS ».

Au lieu de la fermeté nécessaire vis-à-vis de ces fauteurs de haine, les pouvoirs publics ont tendance à leur céder en mettant des entraves aux initiatives en faveur des Palestiniens. Une conférence sur l’apartheid israélien qui devait se tenir à l’université de Toulouse dans le cadre de la Semaine anticoloniale a été annulée. Des mairies d’arrondissement parisiennes reçoivent des pressions de la part de certains responsables de l’Hôtel de ville pour ne pas mettre leurs salles à disposition des réunions sur la Palestine. Des personnalités juives favorables à la reconnaissance d’un Etat palestinien au côté d’Israël sont spécifiquement ciblées. Plusieurs candidats à la Présidence de la République ont été priés d’éloigner de leur entourage des élus ciblés personnellement par ce lobby qui les accuse de trop défendre les Palestiniens. Dans l’équipe de Benoît Hamon, c’est le cas du député des Hauts-de-Seine Alexis Bachelay, et, dans celle d’Emmanuel Macron, du député du Finistère Richard Ferrand. Macron semble avoir cédé en niant la nécessité que la France reconnaisse l’Etat palestinien. Hamon, qui a eu le mérite d’affirmer qu’il était favorable à cette reconnaissance, a été invité le 2 avril sur Radio J à renoncer à certains points de sa campagne et même conduit à se dire hostile à la campagne BDS au prétexte fallacieux que l’appel au boycott serait « illégal », alors qu’il relève d’une liberté d’expression fondamentale dans une démocratie.

En même temps, la Préfecture de police de Paris prend comme prétexte les risques de « menaces de troubles à l’ordre public » pour empêcher des réunions sur ces sujets ou soumettre des salles privées à des contrôles drastiques qui les conduisent à les refuser. Le Collectif « Trop, c’est trop ! », fondé par Pierre Vidal-Naquet et Madeleine Rebérioux, n’a pas pu tenir celle qu’il souhaitait organiser fin mars dans une salle parisienne où il avait pourtant, avec des personnalités comme Suzanne Citron, Stéphane Hessel ou Raymond Aubrac, organisé de nombreuses rencontres. Il appelle à une réunion au lendemain de la présidentielle. Plus que jamais, la reconnaissance de l’Etat palestinien et la campagne pour la suspension de l’Accord d’association de l’Union européenne avec Israël sont d’actualité.

Bernard Ravenel est président d’honneur de l’Association France Palestine Solidarité (AFPS)

Pour la suspension de l’Accord d’association UE/Israël, signez la pétition occupationpasdaccord.eu

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