Congrès du PS : le socialisme en moins
Avec la très large élection d’Olivier Faure à la tête du parti, l’aile gauche du parti subit un échec cuisant. Et finit plus marginale que jamais.

François Hollande a gagné la partie. Avec l’élection à la tête du PS d’Olivier Faure, le parti de Jaurès a définitivement fermé la porte à son aile gauche, sonnant par là même la fin de l’ère de l’union des gauches, inaugurée par le congrès d’Épinay en 1971. Depuis hier, le nouveau premier secrétaire a beau répéter en boucle qu’il ne veut pas « enfermer le PS dans le hollandisme », les résultats parlent d’eux-mêmes. Non seulement, sa stratégie 100 % hollandaise – une campagne désidéologisée afin de rassembler aussi bien les aubrystes que les vallsistes – a frôlé la majorité absolue : 48,5 % des 37 000 militants ont voté pour Olivier Faure (lire son portrait ici). Mais l’autre fidèle hollandais, Stéphane Le Foll – qui fut directeur de cabinet de Hollande au moment où Olivier Faure était son directeur adjoint – a, lui aussi, rassemblé largement : 26 % des électeurs ont opté pour sa ligne de fière revendication du quinquennat passé.
À eux deux, Faure et Le Foll, lequel s’est désisté à la faveur d’un accord entre les deux tours prévus initialement, totalisent donc près de 75 % des suffrages. Autrement dit, on sait désormais que trois quarts des socialistes encartés assument « beaucoup » ou « passionnément » la politique menée sous la présidence de François Hollande.
Ce n’est pas une surprise, mais le camouflet pour l’opposition interne n’en est pas moins violent. Rassemblant 18,9 % des suffrages, Emmanuel Maurel, représentant du socialisme « canal historique », subit un revers cuisant. Et ce n’est pas la faute de sa campagne, réussie tant sur le terrain – des réunions publiques plutôt fréquentées – que lors du débat sur LCI où il a, de loin, été le moins mauvais communicant. Quant au député du Val-de-Marne Luc Carvounas, l’autre candidature revendiquée de l’aile gauche plafonne à moins de 6,3 % en dépit du soutien des quelques hamonistes demeurés au parti après le départ de l’ancien candidat à la présidentielle.
Au total, la gauche du PS tombe donc à environ 25 % du corps électoral militant, soit presque quatre points de moins qu’au congrès de Poitiers, en 2015, où Christian Paul avait obtenu 28,4 % des voix. De quoi entériner définitivement l’échec de la stratégie des frondeurs, qui estimaient alors encore possible de « gauchir » le parti de l’intérieur. « J’ai tenté. Rien à faire », a commenté Emmanuel Maurel, qui s’est dit « déçu » par le résultat.
Sans doute ceux qui attendaient l’issue du congrès d’Aubervilliers pour partir chez Benoît Hamon ont-ils déjà commencé à préparer leurs bagages. Plus que jamais mal en point, l’aile gauche du PS a manqué sa dernière occasion de se refaire. En optant pour un parti sans squelette idéologique, les militants sauvent, peut-être, son unité de façade. Mais ils lui promettent aussi, et plus sûrement, une désagrégation sans fin.
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