Du Breil à Beaumont

Le dernier rapport annuel de l’IGPN venait à peine d’être publié qu’un policier tuait Aboubakar Fofana dans une cité de Nantes.

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Le dernier rapport annuel de l’IGPN, la police des polices, venait à peine d’être publié, constatant une augmentation en un an seulement de 50 % de l’usage des armes par les bleus, qu’un policier tirait à vue – et tuait – Aboubakar Fofana dans une cité du quartier du Breil, à Nantes. Des émeutes se sont ensuivies. L’enquête en dira plus.

Il faut s’inquiéter de cette dérive meurtrière, dont l’accélération spectaculaire résulte de cette loi funeste de février 2017, que Hollande et Valls ont laissée en héritage. Elle a étendu les possibilités de tirs à vue tout en durcissant la répression contre les « outrages » et « rebellions ». Le gouvernement avait choisi la « procédure accélérée » pour répondre « en urgence » à « la colère » suscitée par les graves incidents de 2016 à Viry-Châtillon (Essonne), où des policiers étaient tombés dans un guet-apens. Une loi pour répondre aux émois, voilà qui n’augurait rien de bon, surtout en matière sécuritaire, a fortiori en plein état d’urgence (encore en vigueur à l’époque, et dont les principales dispositions sont depuis entrées dans le droit commun). Ce qui s’apparentait à un permis de tuer (pudiquement appelé « légitime défense ») était tout droit sorti du chapeau du Front national, qui, après la déchéance de nationalité, avait décidément beaucoup inspiré l’exécutif d’alors.

En épuisant toujours plus des policiers déjà exténués par le plan Vigipirate, la politique du chiffre et les lois sécuritaires, on aggrave un risque, pourtant majeur : le manque de discernement de l’agent de police en situation. En suivant également les revendications les plus dures des policiers les plus durs, et alors que la profession est minée par le racisme et la culture assumée par certains agents de la discrimination au faciès, on ne fait qu’alimenter la guerre sociale. À l’arrivée, des jeunes meurent. Au nom de quoi ? Pour la satisfaction de qui ?

La lâcheté de la plupart des (ir)responsables politiques est sans doute le principal carburant de cette fuite en avant sécuritaire, voulue par le sarkozysme, dont la France n’est toujours pas sortie.

Restent deux espoirs : que les institutions jouent leur rôle de formation, de contrôle et de sanction ; et que les jeunes concernés s’organisent et s’engagent. C’est précisément à l’ordre du jour de la marche de Beaumont-sur-Oise le 21 juillet, à l’initiative du comité « La vérité pour Adama ». Politis y sera.


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