L’épidémie de dengue s’étend à La Réunion

De plus en plus d'habitants sont touchés : après 6 000 cas déclarés depuis janvier 2019, plus de 1 000 nouveaux cas ont été confirmés entre le 1er et 7 avril 2019.

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Une deuxième vague d'épidémie de dengue plus forte que la première était redoutée à la Réunion début décembre. C'est finalement ce mois d'avril qu'elle atteint des niveaux alarmants. Entre le 1er et 7 avril 2019, près de 1 000 nouveaux cas de dengue ont été confirmés sur l’île. Depuis le début de l’épidémie, qui a commencé en 2018, on compte plus de 14 000 cas dont 6 000 ces trois derniers mois. Selon la préfecture de La Réunion, « les foyers du sud de l’île sont toujours très actifs et de nouveaux foyers ont été identifiés, notamment dans le nord et l’est de l’île ».

L’épidémie de chikungunya en 2005-2006 est encore très présente dans les esprits des Réunionnais. Le virus, transmis, comme la dengue, par des piqures de moustiques, avait touché 226 000 personnes alors que La Réunion comptait moins de 800 000 habitants à l’époque, contre plus de 850 000 habitants aujourd’hui. Surnommée « grippe tropicale », l'épidémie actuelle a été placée à un niveau d’alerte 4 sur une échelle de 5 par les autorités sanitaires.

À la date du 9 avril 2019, 322 hospitalisations liées à la dengue, infection transmise par les moustiques tigres, avaient été enregistrées depuis 2018, dont 220 en 2019. Le 17 mars, lors de sa visite sur l’île, la ministre des Outre-Mer Annick Girardin avait annoncé un « renfort de 50 personnes pour lutter contre la dengue ». Depuis le début de l’année, six décès ont été relevés dont trois directement liés à cette épidémie.

Au même moment, Jean-Sébastien Dehecq, entomologiste à l’ARS (agence régionale de santé), déclarait à l’AFP : « Nous ne voulons pas être alarmistes (….) mais si on en arrive à 700 ou 800 cas hebdomadaires, ce sera une autre histoire ». L’entomologiste indiquait que, pour lui, le pic de l’épidémie aurait lieu en avril, soit en ce moment même.

Cette augmentation importante des personnes infectées se produit au moment où la Croix-Rouge organise les 15 et 16 avril, à Cannes, une conférence mondiale portant sur la santé et les changements climatiques intitulée « Soigner une humanité à +2°C ». Une approche encore trop peu courante précédée par un colloque en octobre.

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C'est en effet sous l'effet du réchauffement climatique qui entraîne une prolifération du moustique tigre et une extension de sa zone et de sa période d'intervention que la dengue a gagné La Réunion. La métropole, où le moustique tigre est surveillé depuis 2000, n'est pas épargnée, même si les cas cliniques restent exceptionnels.

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Il existe un vaccin contre la dengue : le Dengvaxia, commercialisé par Sanofi Pasteur en 2015. Il n'a pas reçu d’autorisation de mise sur le marché en France ni aux États-Unis, et il est sujet à caution dans des pays qui l'utilisent, comme les Philippines, où dix enfants sont morts à la suite d'une campagne de vaccination menée auprès de 837 000 écoliers en 2016. Le 1er mars, le ministère de la Justice philippin a annoncé la prochaine inculpation de six dirigeants de Sanofi-Pasteur pour « négligence grave ayant entraîné la mort ».

En octobre 2018 cependant, Sanofi-Pasteur a annoncé avoir reçu un avis positif de l’Agence européenne du médicament pour commercialiser le Dengvaxia dans les zones d’endémie. Le 19 décembre, la Commission européenne a en effet délivré une autorisation de mise sur le marché de Dengvaxia mais sous certaines conditions : il sera disponible en Europe pour prévenir la dengue chez les personnes de 9 à 45 ans avec une infection par le virus attestée, et vivant dans des zones d’endémie.

Sont concernés en priorité les personnes ayant déjà contracté la dengue, car non seulement elles ont plus de risques d'être réinfectées par le virus mais en plus la seconde infection peut s'avérer plus violente que la première. La dengue, aux symptômes semblables à ceux de la grippe, peut également déclencher des hémorragies. En janvier 2019, la Haute Autorité de santé (HAS) déclarait pourtant ne pas recommander le Dengvaxia pour les habitants et les voyageurs à La Réunion, qui n'était pas alors considérée comme « une zone d’endémie élevée de dengue ». La HAS ajoutait :

Par ailleurs, les incertitudes actuelles sur les performances des tests de sérodiagnostic disponibles dans un contexte de diagnostic rétrospectif de l’infection par le virus de la dengue et le niveau de séroprévalence de la dengue dans ce département conduisent à s’interroger sur la capacité à mettre en œuvre une stratégie de dépistage pré-vaccinal efficace permettant de ne proposer la vaccination qu’aux personnes ayant un antécédent d’infection par le virus de la dengue.

Sans compter que, sur l'île, une partie de la population redoute de « servir de cobaye » pour ce vaccin.


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