La gauche, combien de candidats ?

Si l’on a bien entendu Fabien Roussel, il y aura une candidature communiste en 2022. Cela fait déjà trois, avec Jadot (ou Piolle) et Mélenchon, qui devrait officialiser la sienne en octobre. Sans compter les chevaux de retour du PS. La machine à perdre est-elle déjà en marche ?

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Eugène Labiche est un auteur injustement oublié. Il a pourtant écrit une œuvre immortelle : Embrassons-nous, Folleville ! Il faut savoir gré à la gauche d’avoir rejoué cette opérette sur plusieurs scènes en cette fin d’été. Comme chez Labiche, on a soudain embrassé passionnément ce que l’on fustigeait la veille. La palme revient peut-être à Yannick Jadot, en visite à l’université d’été du PS à Blois. Lui qui ne voulait, pour rien au monde, être classé à gauche il y a encore quelques semaines, le voilà aujourd’hui « de gauche », et depuis toujours… Comme en amour, la séduction fait partie du jeu politique, mais point trop n’en faut. Le but de l’opération est transparent : il s’agissait de soutenir le premier secrétaire du PS, Olivier Faure, partisan de listes communes aux régionales, et prêt, dit-il, à se placer derrière une candidature écolo à la présidentielle. Jadot prêchait donc un convaincu. Mais il ne s’adressait pas seulement à ce PS new-look, il visait aussi la base des Verts, solidement ancrée à gauche, et tentée par la précandidature de son rival, le maire de Grenoble, Éric Piolle. Nous serons évidemment les derniers à nous plaindre de cette évolution. Nous avons toujours défendu l’idée, à Politis, que l’écologie ne pouvait qu’être de gauche, et même anticapitaliste.

Côté PS, l’idée d’un dépassement du vieux parti, qui intégrerait l’écologie, tout en retrouvant le social, est heureuse. Mais elle est aussi diablement risquée. Sa concrétisation n’est possible qu’à deux conditions : l’accord des Verts, non pas comme le résultat d’une « tambouille » – pour parler le « Mélenchon » –, mais d’un engagement de tous les jours dans la lutte des classes. Les Verts sont pour la plupart acquis à cette idée. Mais il n’est pas toujours facile de la mettre en œuvre devant les nombreux dilemmes que pose la transition écologique dans une société organisée pour aller à rebours. En vérité, toute la gauche et les écologistes en premier lieu ont à résoudre la difficile équation posée par les gilets jaunes. Pas de transition écologique possible sans un autre partage des richesses (formule généreuse mais vague), et, surtout, des solutions immédiates pour ne pas rendre plus pénible un quotidien déjà rude. Car « l’écologie se suicide quand elle va contre le social », résume fort justement l’astrophysicien Aurélien Barrau. L’autre condition, c’est, pour les partisans d’Olivier Faure, de réussir à repousser la contre-offensive des chevaux de retour, François Hollande en tête, omniprésents ces jours-ci dans les médias. Sans parler de l’opération tout en dissimulation de Laurent Joffrin pour ramener l’ancien président au premier plan. L’argument de Hollande pour justifier aujourd’hui son opposition à Olivier Faure, et apparaître demain comme un recours, ne manque pas de culot. « Le PS, dit-il, a le devoir de jouer ce nouveau rôle de grande force centrale. » On voit l’aplomb du bonhomme. Car, central au sein de la gauche, le PS l’était au début de son mandat présidentiel. Et il ne l’était plus après cinq ans d’une politique de régression sociale conduite par lui sous l’étiquette socialiste. Il l’était encore moins quand François Hollande a fini par abandonner le pouvoir à Emmanuel Macron. Les militants socialistes sauront-ils s’en souvenir ?

Ce sont en vérité deux partis socialistes qui se font face. Celui d’Olivier Faure n’a certes rien prouvé. Il faut tout juste croire à la sincérité de son chef de file quand il affirme pour lui-même et ses amis : « Le productivisme, c’est fini ! »

Si l’on a bien entendu Fabien Roussel, aux journées d’été du PC à Dunkerque, il y aura également une candidature communiste en 2022. Cela fait déjà trois, avec Jadot (ou Piolle) et Mélenchon, qui devrait officialiser la sienne en octobre. La machine à perdre est-elle déjà en marche ? Sans doute, poser la question ainsi paraîtra pusillanime. Les convergences sur le fond sont si difficiles à trouver. Mais c’est une obligation pour ne pas tomber dans le piège éternel de cette Ve République. Mélenchon avait raison de rappeler, dimanche sur Inter/LCI, qu’il y a souvent eu plusieurs candidatures de gauche au premier tour, ce qui n’a pas empêché l’un d’entre eux de se qualifier, et même de l’emporter, comme Mitterrand en 1981 et 1988. Mais la bipolarité gauche-droite structurait alors solidement notre vie politique. Le séisme de 2002 est passé par là, installant l’extrême droite en haut de l’affiche. Aujourd’hui, le risque est énorme de voir se rejouer le match mortifère de 2017, Macron-Le Pen. On peut imaginer évidemment que la droite sera encore plus bête que la gauche et viendra poignarder Macron qui fait pourtant si bien le job, mais il est imprudent de compter sur cette hypothèse qui dépend plus de Xavier Bertrand ou François Baroin que de Jadot ou Mélenchon. D’autant plus qu’une petite musique commence à se faire entendre à droite : pourquoi ne pas rallier Macron ? Christian Estrosi, qui tient ce discours, a la logique pour lui. L’actuel Président ferait un beau champion pour la droite.


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