De nombreux passe-droits offerts aux industriels

Droit de l’environnement effrité, obligations des industriels assouplies, démocratie citoyenne anéantie… La loi Asap grille les remparts protégeant citoyens et environnement.

Vanina Delmas  • 6 octobre 2020
Partager :
De nombreux passe-droits offerts aux industriels
© Photo : Un an après l’incendie de l’usine Lubrizol à Rouen, le gouvernement efface subrepticement toutes les étapes préalables à l’installations d’usine, mêmes pour les Installations classéesJean-Jacques GANON / AFP)

Les articles 21 à 26 du projet de loi ont un seul et unique but : rendre la vie plus facile aux industriels ! En effet, ils effacent subrepticement toutes les étapes préalables à l’installation d’usines, même pour les installations classées pour la protection de l’environnement (ICPE), mais ne prévoient pas davantage de contrôles des risques. Un an après l’incendie de l’usine Lubrizol à Rouen, quel meilleur symbole du désintérêt du gouvernement pour la santé et la sauvegarde de l’environnement ? Grâce à l’article 26, l’industriel pourra entamer des travaux dès le dépôt du permis de construire, sans attendre l’accord de l’autorisation environnementale. Le béton pourra couler à flots avant même que cette instance ait jugé des conséquences du projet sur la biodiversité ou les cours d’eau à proximité. L’accélération des procédures au détriment du droit environnemental…

« Depuis plusieurs années, décret après décret, l’État a choisi de réduire le nombre des enquêtes publiques plutôt que de les réformer. Surtout en faisant passer des ICPE du régime de l’autorisation au régime de l’enregistrement. Est-ce une bonne idée ? Non », a réagi sur Twitter l’avocat spécialisé en droit de l’environnement Arnaud Gossement. Il rappelle surtout la nécessité de réformer le système des enquêtes publiques, de faire évoluer le dialogue environnemental, mais avec un _« débat serein et approfondi ».

Quant à l’article 25, il a soulevé un tollé dans l’hémicycle. Celui-ci prévoit de donner un nouveau pouvoir au préfet : remplacer l’enquête publique par une simple consultation publique en ligne pendant 30 jours. Même si son rôle était essentiellement consultatif, le commissaire-enquêteur garantissait un minimum de démocratie et d’information du public sur des sujets souvent discrets et techniques. La plupart des groupes parlementaires avaient déposé des amendements contre, et cet article a été supprimé dans un premier temps par 55 voix contre 53. Deux jours plus tard, le gouvernement a demandé une nouvelle délibération dans un hémicycle vide : l’article est adopté.

Ces dispositions du projet de loi collent parfaitement avec la logique gouvernementale qui s’est d’abord exprimée dans la mise en route du Pacte productif pour une nouvelle stratégie industrielle – sous couvert de relance économique post-Covid – et dans la création de 78 sites industriels « clés en main ».

>> Consulter tous les articles de notre dossier sur la loi Asap

Soutenez Politis, faites un don.

Chaque jour, Politis donne une voix à celles et ceux qui ne l’ont pas, pour favoriser des prises de conscience politiques et le débat d’idées, par ses enquêtes, reportages et analyses. Parce que chez Politis, on pense que l’émancipation de chacun·e et la vitalité de notre démocratie dépendent (aussi) d’une information libre et indépendante.

Faire Un Don

Pour aller plus loin…

La paysannerie mondiale résiste encore
Reportage 20 avril 2026 abonné·es

La paysannerie mondiale résiste encore

Depuis 1996, le 17 avril marque la journée internationale des luttes paysannes. Face à la libéralisation des échanges et à l’accaparement des terres, le mouvement altermondialiste La Via Campesina coordonne la résistance de 200 millions de paysans à travers le monde.
Par Alix Garcia et Louis Meurice
En Suisse, avec le berger qui défend les loups
Portrait 17 avril 2026 abonné·es

En Suisse, avec le berger qui défend les loups

Dans le Jura vaudois, Fabrice Monnet a passé une grande partie de l’hiver à patrouiller dans les montagnes avec son association pour empêcher l’abattage du grand prédateur. L’homme est devenu une figure militante, non sans agacer éleveurs et pouvoirs publics.
Par Louis Bolla
Marc-André Selosse : « S’occuper de la biodiversité est une preuve d’humanisme »
Entretien 15 avril 2026 abonné·es

Marc-André Selosse : « S’occuper de la biodiversité est une preuve d’humanisme »

Le professeur de microbiologie au Muséum national d’histoire naturelle plaide pour la reconnexion de notre société au vivant, et l’émergence d’alternatives agroécologiques pour protéger le monde agricole et les citoyens des ravages des pesticides. Dans De la biodiversité comme un humanisme, petit livre très accessible, il allie vulgarisation et la défense de la biodiversité.
Par Vanina Delmas
Inondations : réparer ou prévenir ?
Parti pris 25 février 2026

Inondations : réparer ou prévenir ?

Alors que l’extrême droite impose ses thèmes dans le débat public, des inondations historiques frappent la France dans une indifférence inquiétante. Ces catastrophes, loin d’être de simples aléas, révèlent nos choix politiques, nos renoncements et l’urgence de changer de modèle.
Par Pierre Jacquemain