À Bure, « des villages seront à rayer de la carte »

Opposant de longue date à Cigéo, Jean-Pierre Simon relate trois décennies de combat et détaille les dégâts sociaux et environnementaux occasionnés sur le territoire.

Vanina Delmas  • 9 juin 2021 abonné·es
À Bure, « des villages seront à rayer de la carte »
Jean-Pierre Simon lors d’un procès factice organisé le 1er juin à l’occasion de l’ouverture du procès bien réel des militants de Bure.
© Amanda Jacquel

Quand on lui demande s’il veut bien être pris en photo, Jean-Pierre Simon joue le jeu et pose fièrement : regard bienveillant derrière ses lunettes, sourire en coin, tête droite et mains sur les hanches. Agriculteur à Cirfontaines-en-Ornois (Haute-Marne), il fait partie des opposants de longue date au projet Cigéo. Né sur ce territoire à la limite du département de la Meuse, il a vite repris la ferme familiale – même s’il aurait préféré « prendre le temps de barouder un peu ». D’abord producteur de lait, il a dû se diversifier avec les céréales il y a une dizaine d’années, pour faire face à la dégringolade des prix. Engagé, il l’est d’abord dans le monde agricole, mais l’industrie du nucléaire a frappé à sa porte. Il l’avait déjà touchée du doigt lors de son service national, en suivant une formation d’officier « nucléaire, biologique et chimique », et en avait alors été convaincu : le nucléaire et son monde sont à l’opposé de sa philosophie de vie.

Comment êtes-vous arrivé dans la lutte antinucléaire ?

Jean-Pierre Simon : Dans les années 1990, le sujet tournait déjà autour de l’emprise des terres, car les compagnies pétrolières et minières sont venues quadriller le territoire pour examiner le sous-sol. La cohabitation n’était déjà pas simple, même si ces sociétés arrosaient financièrement les paysans pour les mettre de leur côté : on voyait les dégâts sur les cultures. À son arrivée, l’Andra (1) ne parlait que de géologie, pas de nucléaire. Nous pensions tous, moi compris, qu’elle

Envie de terminer cet article ? Nous vous l’offrons !

Il vous suffit de vous inscrire à notre newsletter quotidienne :

Vous préférez nous soutenir directement ?
Déjà abonné ?
(mot de passe oublié ?)

Pour aller plus loin…

Indonésie : à Bangka, l’extraction de l’étain, noir tribut payé à nos écrans
Reportage 25 juin 2026 abonné·es

Indonésie : à Bangka, l’extraction de l’étain, noir tribut payé à nos écrans

Dans l’archipel indonésien, des travailleurs extraient l’étain dans des conditions extrêmement dangereuses. Indispensable à la fabrication des smartphones et des ordinateurs, le précieux métal s’arrache au prix de vies humaines et d’un désastre écologique.
Par Pierre Terraz et Paul Boyer
« Une improvisation la plus totale » : à Tours, la jeunesse face à l’impréparation climatique
Reportage 22 juin 2026

« Une improvisation la plus totale » : à Tours, la jeunesse face à l’impréparation climatique

Face à la multiplication et l’allongement de ces pics de chaleur, le retard pris dans l’adaptation aux phénomènes climatiques extrêmes est criant. Pour les plus jeunes, pourtant vulnérables, la vie est ralentie mais ne peut pas s’arrêter.
Par Martin Eteve
Magali Reghezza-Zitt : « L’inaction climatique revient à faire du tri entre les individus »
Entretien 22 juin 2026 abonné·es

Magali Reghezza-Zitt : « L’inaction climatique revient à faire du tri entre les individus »

La géographe montre dans son livre Bienvenue en 2055 qu’un monde neutre en carbone n’est pas une utopie et serait bénéfique à notre vie quotidienne. Toujours en s’appuyant sur des faits scientifiques et en pointant subtilement les défaillances des politiques publiques.
Par Vanina Delmas
« Refuser de se positionner publiquement, c’est se ranger du côté des pires destructeurs du vivant »
Luttes environnementales 29 mai 2026

« Refuser de se positionner publiquement, c’est se ranger du côté des pires destructeurs du vivant »

La militante écologiste Lucie Pinson, fondatrice de l’ONG Reclaim Finance et Prix Goldman pour l’environnement en 2020, lutte auprès des milieux financiers pour les forcer à abandonner les investissements polluants. Pour elle, « il n’y a pas de fatalité, on décide aujourd’hui du monde de demain ».
Par Martin Eteve