Ces exilés condamnés comme des passeurs

Des centaines de réfugiés se retrouvent emprisonnés pour « aide illégale au passage de la frontière » à la suite de procédures bâclées. Pourtant, leur responsabilité n’est que rarement démontrée.

Victor Le Boisselier  • 18 mai 2022 abonné·es
Ces exilés condamnés comme des passeurs
Être photographié en mer en train de tenir la barre du bateau ou de prendre des initiatives, alors qu’il s’agit d’une situation d’urgence, peut suffire à être considéré comme passeur.
© Valeria Mongelli/Hans Lucas/AFP

La première chose que Francis a vue de l’Europe, c’est la prison de Catane, en Sicile. Il y a passé environ deux ans, de 2016 à 2018. À peine débarqué de Libye, où il est resté dix mois, il a été mis derrière les barreaux, accusé d’« aide illégale au passage de la frontière ». Sans motifs aggravants, ce grief peut valoir entre un et cinq ans de prison en plus d’une amende de 15 000 euros pour chaque personne « aidée » selon la loi italienne.

Pourtant, aujourd’hui encore, le jeune Ghanéen de 24 ans n’est toujours pas capable d’expliquer pourquoi il a été arrêté : « Quand je suis arrivé, je ne comprenais pas ce que me disaient les policiers. Je pensais qu’on allait faire les papiers. » Il comprend finalement qu’on lui reproche d’avoir utilisé son téléphone pour appeler les secours. Lui l’assure, il n’en est rien. En prison, d’autres exilés sont dans la même situation. Ils ont beau avoir payé pour rejoindre l’Europe, ils sont considérés comme passeurs. Parce que photographiés en mer pendant qu’ils tenaient la barre, un compas ou un téléphone permettant de joindre les secours. Ou parce que dénoncés au moment du débarquement par d’autres passagers. Francis a finalement été innocenté en première instance. Après deux ans de détention provisoire.

Sur le conseil de son avocat, Francis rejoint alors un refuge de l’association Insieme à Pedara, sur le flanc sud du mont Etna, dans l’est de la Sicile. Là-bas, Giuseppe Messina et les autres volontaires accueillent régulièrement ces « présumés passeurs » : « Nous en avons eu jusqu’à trente-cinq en même temps ! » Tous sortent de prison, en résidence surveillée après une condamnation ou innocentés après une détention provisoire. L’association leur permet de travailler comme serveurs ou cueilleurs de fruits et légumes

Envie de terminer cet article ? Nous vous l’offrons !

Il vous suffit de vous inscrire à notre newsletter quotidienne :

Vous préférez nous soutenir directement ?
Déjà abonné ?
(mot de passe oublié ?)
Monde
Temps de lecture : 10 minutes

Pour aller plus loin…

La bande de Gaza engloutie par les déchets
Reportage 23 avril 2026 abonné·es

La bande de Gaza engloutie par les déchets

Depuis deux ans et demi, les résidus alimentaires et médicaux de l’enclave palestinienne ne sont plus traités ni collectés. Une autre urgence sanitaire pour une population déjà asphyxiée par le quotidien d’une guerre sans limite.
Par Shima Elnakhala et Céline Martelet
Pinar Selek : « La mobilisation des Kurdes a créé d’autres possibles au sein de l’espace turc »
Entretien 22 avril 2026 abonné·es

Pinar Selek : « La mobilisation des Kurdes a créé d’autres possibles au sein de l’espace turc »

La militante féministe et libertaire turque, sociologue à l’université de Nice, raconte sa découverte de la question kurde en Turquie, lutte qui a été pour elle une école d’émancipation individuelle et collective. Et qui lui vaudra incarcération et tortures, avant l’exil en France. Dans son livre Lever la tête, elle témoigne des persécutions subies.
Par Olivier Doubre
À Barcelone, un sommet pour relever le centre-gauche… et sauver Pedro Sánchez
Récit 21 avril 2026 abonné·es

À Barcelone, un sommet pour relever le centre-gauche… et sauver Pedro Sánchez

À Barcelone, la Global Progressive Mobilisation a rassemblé des milliers de responsables politiques pour afficher une relance du centre-gauche international. Une vitrine bienvenue pour Pedro Sánchez, en difficulté sur le plan intérieur.
Par Pablo Castaño
La paysannerie mondiale résiste encore
Reportage 20 avril 2026 abonné·es

La paysannerie mondiale résiste encore

Depuis 1996, le 17 avril marque la journée internationale des luttes paysannes. Face à la libéralisation des échanges et à l’accaparement des terres, le mouvement altermondialiste La Via Campesina coordonne la résistance de 200 millions de paysans à travers le monde.
Par Alix Garcia et Louis Meurice