Un autre numérique est-il possible ?

La philosophe Anne Alombert analyse les effets des « nouvelles technologies » sur les sociétés contemporaines. Qui, doubles, tendent à développer une véritable « schizophrénie numérique » : sans pouvoir s’en passer, elles contribuent à une gouvernance par les nombres, en phase avec le néolibéralisme. 

Olivier Doubre  • 19 avril 2023 abonné·es
Un autre numérique est-il possible ?
© Leemage via AFP.

Il est sans aucun doute du devoir de la philosophie (et des philosophes) d’aborder les effets des récentes évolutions technologiques sur les capacités cognitives de l’homme, et en particulier son adaptation aux conséquences de l’extraordinaire « stimulation informationnelle » à laquelle ces « progrès » techniques le soumettent.

Après les révolutions industrielles des siècles passés, où la production d’objets s’est accrue de manière exponentielle, la révolution numérique, qui a permis une « augmentation technique du savoir » couplée à celle de la « mémoire artificielle », constitue un défi inédit pour l’intelligence humaine. Les supports numériques augmentent de manière incommensurable la capacité du stock d’informations conservées. Doit-on s’en réjouir, ou bien s’en effrayer ?

C’est la question posée dans ce petit essai, aussi dense que pointu, par la philosophe Anne Alombert. Son titre en résume bien le dilemme : « schizophrénie numérique ». Ces « nouvelles » technologies nous sont-elles bénéfiques ? Ou bien nuisibles ? Voire les deux en même temps ? Celles-ci, personne ne peut le nier, ont permis l’accès à « une diversification sans précédent » des sources d’information, de leur production, mais aussi des possibilités et des pratiques de leur partage. Au-delà de l’enjeu environnemental, puisqu’on sait depuis des années combien, d’un point de vue écologique, leur fonctionnement n’est pas durable, l’auteure dénonce aussi leur appropriation par des acteurs privés, au nombre très limité.

En bonne spécialiste de la philosophie des techniques, et notamment de l’œuvre de Gilbert Simondon, elle affirme que « rien ne sert de rejeter ou de diaboliser » les technologies numériques – posture inutile, que personne ne serait réellement aujourd’hui en mesure de suivre – en dehors peut-être de rares ermites.

Et elle souligne la nécessité de connaître et d’enseigner l’histoire et l’anthropologie des technologies numériques – web, réseaux sociaux, intelligence artificielle, etc. –, mais aussi des luttes politiques, trop peu connues, qui ont entouré leur création et leur développement.

Tous les savoirs sont affectés par la numérisation des technologies.

Alors que la très grande majorité de la population ignore comment ont été produits puis diffusés ces premiers contenus en ligne, un tel enseignement, dès l’école primaire, permettrait « d’inscrire les institutions scolaires au cœur des évolutions contemporaines des sociétés ».

Algorithmes et désirs

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